La notice ci-dessous, ainsi que la présentation des éditions sont de notre ami Lombard, qui est également le contributeur sur plusieurs autres pages (Honoré de Balzac, Kafka, Émile Zola, Tourgueniev, George Eliot…)

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Confucius (551-479 av. J.-C.) est né dans le fief de Lu d’un père fonctionnaire issu d’un clan noble déchu et d’une concubine à qui il devra son éducation. Il perd son père à l’âge de trois ans. Dans sa jeunesse il exerce plusieurs métiers et semble ne fréquenter ni école ni précepteur. Autodidacte, il apprend auprès de ses fréquentations et bénéficie d’une mémoire exceptionnelle. Il perd sa mère à l’âge de dix-sept ans et se marie à dix-neuf.

Entre vingt et trente ans il occupe ses premiers emplois officiels  – gardien des greniers publics, responsable de l’élevage des troupeaux – et mène parallèlement une vie d’une grande simplicité, se consacrant à l’étude et l’enseignement des textes anciens.

À partir de ~522 et jusqu’en ~497 il forme un premier groupe de disciples, dont Zi Lu, Zi Gong, Yan Hui et Zi Wo. Sa sagesse, son érudition et son désir de mettre ses idées humanistes en pratique le conduisent ensuite à s’impliquer en politique. Après avoir occupé plusieurs postes dans l’administration, il devient conseiller d’appoint du duc Zhao de Lu.

En ~517 il rejoint le duc en exil dans la principauté de Qi, puis il revient à Lu vers ~515. D’abord malvenu à la cour où des complots s’organisent entre clans, il finit par devenir conseiller officieux du duc Ding de Lu qui, en ~501 lui propose le poste de gouverneur de la ville de Zhongdu. Puis Confucius devient ministre de la justice et enfin conseiller en titre du duc Ding. Ce succès inquiète la cour rivale de Qi qui discrédite Confucius en lui offrant des cadeaux somptuaires.

En ~497, à l’âge de cinquante-cinq ans, Confucius démissionne. Il choisit de s’exiler et entreprend une longue pérégrination de quatorze années à travers huit principautés – dont Wie, Cao, Zong, Zheng, Chen et She – en compagnie de quelques dizaines de disciples.

En ~484 le premier ministre de Lu demande à Confucius de revenir. Revenu au pays de Lu, il se consacre à l’écriture, à l’enseignement et à l’étude des textes anciens qu’il corrige et remet en ordre – notamment le Shi « Les Poèmes », le Shu « Les Documents » et le Chunqui « Printemps et automne » (les annales de Lu). Il conseille le duc Ai et enseigne jusqu’à sa mort à une nouvelle cohorte de disciples dont Zi You, Zi Xia, Zi Zhang et Zeng Zi.

  • Editions de référence :

1/ Quelques traductions à retenir :

– Les traductions historiques comme celle de Guillaume Pauthier (1841) ou encore du révérend père Séraphin Couvreur (1896) : classiques, elles sont empreintes du jésuitisme des missionnaires sinologues, à l’instar des premières traductions françaises du  Dao de jing de Stanislas Julien ou du père Léon Wieger.

– La traduction d’Anne Cheng (1981) parue dans la collection Points – Sagesses aux éditions du Seuil est assortie d’un résumé de l’enseignement de Confucius et donne des éléments de connaissance du confucianisme. Cette version, illustrée de cartes, propose une chronologie et explique la traduction de certains caractères chinois. Dans sa Chronique de l’Institut de Philosophie, Jean-Pierre Deschepper qualifie la traduction d’Anne Cheng de « sobrement annotée, concise, claire et même élégante ».

Confucius, Pierre Ryckmans, (1987) paru aux éditions Gallimard dans la collection Connaissance de l’Orient. Cette traduction a demandé six ans de travail au célèbre sinologue plus connu sous le nom de Simon Leys. Préfacée par Étiemble, elle est présentée comme « définitive » par l’éditeur, ce qui n’empêche pas Gallimard, vingt-deux ans plus tard, de publier une nouvelle traduction pour la collection Pléiade

Lunyu traduit par le sinologue André Lévy (1994) sous le titre « Entretiens de Confucius et de ses disciples », paru aux éditions Flammarion. André Levy, professeur de langue et littérature chinoises à l’université de Bordeaux III, était notamment à l’origine des versions en Pléiade du Jin Ping Mei, Fleur en Fiole d’Or et de La pérégrination vers l’ouest.

2/ Le point de vue du lecteur

Il s’agit là d’un des textes fondateurs de la philosophie universelle, dans la continuité historique et littéraire du Dao de jing de Lao Tseu.

Confucius n’a pas écrit lui-même le Lúnyǔ : ce sont les plus proches de ses disciples qui rassemblent des entretiens qu’ils ont eus avec leur maître. Le Lúnyǔ se présente sous forme d’échanges brefs, parfois sous la forme d’aphorismes qui sont à la base du confucianisme, cette philosophie chinoise qui  a eu une immense influence sur la pensée chinoise jusqu’à notre époque.

3/ L’édition Pléiade

L’édition en Pléiade se présente sous la forme d’une traduction moderne très fluide éditée sous la direction de Charles Le Blanc (philosophe et enseignant universitaire) et Rémi Mathieu (directeur de recherches au CNRS), déjà à l’origine des deux volumes de la collection consacrés aux Philosophes taoïstes. L’érudition et la pédagogie dont font preuve les deux traducteurs sont un régal pour le lecteur : plus de la moitié du volume est consacrée aux commentaires qui ont été réintroduits à l’intérieur du texte sous forme de notes de bas de page bien plus accessibles que les traditionnelles notes et variantes de fin d’ouvrage que l’on trouve habituellement dans la collection. Ces abondants commentaires fournissent de précieuses explications sur le contexte historique et géopolitique de l’époque de Confucius ainsi que des éléments permettant une bonne première approche des origines mythiques de l’Empire et des premières dynasties.

Les autres textes de ce volume qui viennent compléter le très bref Lúnyǔ sont essentiellement composés de commentaires détaillés, écrits pour l’essentiel par des continuateurs de Confucius, notamment Meng zi (380-289 av. J.-C) et Xun zi (313-238 av. J.-C.). S’ils approfondissent la pensée du maître, notamment dans le domaine du gouvernement d’un pays, ils ne sont pas immédiatement indispensables pour une toute première approche du confucianisme. Ce qui rend ce Lúnyǔ précieux, c’est que non seulement ses sources principales sont contemporaines de Confucius, mais en plus sa concision ainsi que la clarté de la traduction en Pléiade le rendent relativement simple d’approche. Sa très grande densité incite bien entendu à relire le texte avec attention, mais il reste bien plus accessible que ne l’est par exemple son grand prédécesseur, le Dao de jing de Lao-Tseu, beaucoup plus tourné vers la métaphysique que vers la philosophie pratique ou appliquée.

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En commentaires, libre à vous de :

  • discuter des mérites et défauts des différentes éditions
  • de la place de l’auteur ou de l’oeuvre dans la culture de son temps
  • de l’importance de l’auteur ou de l’oeuvre pour un lecteur contemporain
  • de ce qu’il représente pour vous
  • des livres ou autres sources très recommandables pour comprendre l’auteur / l’oeuvre / son influence
3 réponses
  1. Domonkos Szenes
    Domonkos Szenes dit :

    Quelques soient les mérites des diverses traductions de Maître Kong, qu’elles soient au non qualifiées de « définitive », aucune ne peut l’être, et aucune ne peut prétendre à elle seule remplacer toutes les autres. Heureusement, l’ouvrage est mince et permet à tout un chacun d’en posséder et d’en lire diverses versions. Tout en sachant que Maître Kong n’est aucunement « l’auteur » du livre qui porte son nom.
    Ce qui est certain, c’est que pour quelqu’un qui veut savoir quelque chose de la Chine, de sa civilisation, de la façon de vivre et de penser de son peuple, il faut lire avant tout les livres confucéens, plutôt que taoïstes (bien sûr indispensables, mais secondaires, pardon pour le « blasphème »).

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  2. Lombard
    Lombard dit :

    Petit retour sur les philosophes confucianistes dont j’ai terminé le volume en Pléiade :

    1/ On peut lire avec profit les très courts ouvrages que sont La Grande Étude (Daxue), Le Classique de la Piété filiale (Xiaojing) et La Pratique équilibrée (Zhongyong) respectivement rapportés par Zeng zi pour les deux premiers et par Zi Si pour le troisième (deux disciples directs de Confucius).

    2/ Le Meng zi (nom de l’auteur et nom de l’ouvrage) est plus fourni et plus ambitieux. Bien que relativement facile à appréhender, il se consacre beaucoup à l’exercice du pouvoir, Meng zi comme Confucius ayant eu des rôles comme conseillers proches des dirigeants de l’Empire. Il faut donc s’intéresser un peu à l’histoire de la Chine ou au gouvernement d’une province pour s’attaquer à cet ouvrage.

    3/ Le Xun zi (nom de l’auteur et nom de l’ouvrage) est une entreprise encore plus vaste, sorte d’encyclopédie universelle de son temps couvrant tous les champs du confucianisme, de la politique aux arts, en passant par des débats contradictoires qui viennent réfuter les arguments des taoïstes, des moïstes et même de certains confucianistes ! En ce sens, cet ouvrage s’apparente un peu à un traité de philosophie de l’Antiquité grecque qui lui serait contemporain – c’est à dire du IIIe siècle avant notre ère.

    En résumé, que lire si l’on veut aborder les origines du confucianisme, l’un des trois grands courants de pensée de la Chine ? Et bien je dirais tout simplement que pour commencer Les entretiens avec Confucius (Lúnyǔ) constituent une bonne approche. Il en existe autant d’interprétations que de traductions. Celle retenue en Pléiade est consacrée par les sinologues, mais elle n’est pas la seule.

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