La notice ci-dessous, ainsi que la recension des éditions et le premier commentaire sont de notre ami Lombard, qui est également le contributeur sur Honoré de Balzac et Kafka. Encore merci à lui.

N’hésitez pas à proposer vos propres contributions pour enrichir le site au profit de tous.

Émile Zola (1840 – 1902)

Né en 1840 à Paris, Émile Zola est un écrivain français, journaliste, critique d’art et critique littéraire considéré comme l’un des romanciers les plus importants et les plus populaires de la seconde moitié du XIXe siècle. Après avoir vécu quelques années d’une vie de bohème, à partir de 1862 il travaille quelques années chez Hachette, période pendant laquelle il publie d’abord des critiques puis son premier roman, Thérèse Raquin.

De 1871 à 1893 il se consacre à l’écriture de la saga romanesque Les Rougon-Macquart, sous-titrée « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire », œuvre colossale comportant dix-neuf volumes. Initialement inspiré du courant réaliste de Gustave Flaubert et Guy de Maupassant, il devient le chef de fil de l’École naturaliste qui prétend « appliquer en littérature avec le roman expérimental la méthode des biologistes » : l’analyse du déterminisme social explique le comportement des personnages.

Il prend ensuite la défense du capitaine Dreyfus, publiant en une de L’Aurore une lettre adressée au Président de la République, intitulée « J’accuse », à la suite de quoi il devra s’exiler un an en Angleterre.

De retour à Paris, il y meurt en 1902 d’une asphyxie probablement d’origine criminelle.

Édition(s) de référence :

  • La Pléiade, Les Rougon-Macquart – Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, édition en 5 volumes parus de 1960 à 1967 sous la direction d’Armand Lanoux et Henri Mitterand.

L’édition Pléiade comporte des notes fournies avec de larges passages sur la genèse de l’œuvre et les réactions critiques d’époque ; elle constitue le meilleure rapport « qualité – prix » pour le lecteur amateur en quête d’un peu d’érudition.

Tome 1 (La Fortune des Rougon – La Curée – Le Ventre de Paris – La Conquête de Plassans – La Faute de l’Abbé Mouret) N°146 1960 1808 pages 65,00 €

Tome 2 (Son Excellence Eugène Rougon – L’Assommoir – Une Page d’amour – Nana) N°154 1961 1760 pages 63,00 €

Tome 3 (Pot-Bouille – Au Bonheur des Dames – La Joie de vivre – Germinal) N°173 1964 1984 pages 66,00 €

Tome 4 (L’Œuvre – La Terre – Le Rêve – La Bête humaine) N°187 1966 1824 pages 65,00 €

Tome 5 (L’Argent – La Débâcle – Le Docteur Pascal. Appendices : Manuscrits préparatoires des « Rougon-Macquart ») N°194 1967 1904 pages 66,00 €

  •  Édition « critique » de référence axée sur la genèse de l’œuvre et les avant-textes : Honoré ChampionLa Fabrique des Rougon-MacquartÉdition des dossiers préparatoires par Colette Becket et Véronique Lavielle.

L’édition Honoré Champion est et restera probablement la référence définitive sur la genèse des Rougon-Macquart. Seul problème : son prix, plus de 2200 € à ce jour pour les sept premiers volumes, ne la rend pas accessible à la plupart des lecteurs, même érudits. Les chercheurs et les étudiants auront peut-être la chance d’y accéder grâce à la bibliothèque de leur université.

Volume 1 (Réflexions générales) 2003 1016 pages 275,00 €

Volume 2 (La Conquête de Plassans – La Faute de l’Abbé Mouret – Son Excellence Eugène Rougon – L’Assommoir) 2005 1024 pages 258,00 €

Volume 3 (Une page d`amour – Nana – Pot Bouille) 2006 1184 pages 275,00 €

Volume 4 (Au bonheur des dames, La Joie de vivre) 2009 1248 pages 398,00 €

Volume 5 (Germinal) 2011 1168 pages 320,00 €

Volume 6 (L’Œuvre – La Terre) 2013 1512 pages 480,00 €

Volume 7 (Le Rêve – La Bête humaine) 2017 1512 pages 220,00 €

(en cours de publication – autres volumes à paraître)

  • Éditions populaires :

Pour les budgets plus modestes, Les Rougon-Macquart sont édités entre autres aux éditions Omnibus et au Livre de poche. On peut ainsi se procurer toute la collection en poche d’occasion pour une trentaine d’euros !

Pour le plaisir des yeux – certaines couvertures ont un charme fou – voici un sympathique site illustré qui répertorie certaines éditions populaires des Rougon-Macquart : http://select-collectioon.over-blog.com/2018/09/les-rougon-macquart-d-emile-zola-aux-editions-parisiennes.html

3 réponses
  1. Lombard
    Lombard dit :

    Deux épisodes des Rougon-Macquart : L’Œuvre et La Terre.

    À mi-parcours du tome IV des Rougon-Macquart en Pléiade, je termine la lecture de ces deux ouvrages d’Émile Zola qui se succèdent au sein de la saga et qui symbolisent à mes yeux deux aspects totalement opposés de l’œuvre de cet écrivain.

    Dans L’Œuvre, Zola décrit des lieux, une période, un milieu et des personnages qu’il a personnellement connus : Paris à l’époque de l’avènement des peintres impressionnistes en rupture avec l’Académie, la montée des jeunes provinciaux dans la capitale, journalistes, écrivains, peintres ou sculpteurs ; certains passages sont quasiment autobiographiques et l’auteur est si imprégné de son histoire personnelle qu’il décrit les scènes de mémoire, quitte à prendre quelques libertés avec la réalité et notamment la chronologie – mais c’est bien le moins qu’il puisse faire ; lui-même s’est exprimé sur ce point et, depuis, des ouvrages ont été consacrés à comparer le temps littéraire et le temps historique dans Les Rougon-Macquart.

    Dans La Terre, il évoque un pays où il est allé vivre quelques temps, la Beauce, et à propos duquel il s’est beaucoup documenté ; ainsi il étudie littéralement tout ce qui lui tombe sous la main à propos des paysans, des modes de culture, de l’impact des saisons et ce que l’on appellerait aujourd’hui la ruralité, alors qu’il n’a que quelques souvenirs éparses de la campagne remontant à sa jeunesse passée à Aix-en-Provence. Le roman entier est un travail de reconstitution, et pourrait presque passer pour un exercice de style tant les termes techniques liés à l’agriculture sont nombreux et précis.

    L’Œuvre regorge de personnages légers, frivoles, naïfs, découvrant la capitale à travers leurs relations amoureuses et amicales, en quête d’une gloire éphémère et souvent illusoire, tout en menant la vie de bohème des artistes. La Terre, c’est le monde des paysans rudes, rusés, hargneux, qui s’usent le corps à semer, faner, moissonner, vendanger, labourer, toujours en lutte contre une nature dont ils dépendent, habités par la rage de posséder quelques arpents de terrain, obnubilés à perpétuer cette vie de peines et de labeur qu’ils ont héritée de leurs ancêtres.

    Au-delà de ces mondes si différents, il y a bien sûr l’humanité des personnages de Zola : d’un côté la fièvre d’un artiste maudit rongé par les affres de la création et à la recherche d’un absolu féminin, de l’autre les membres d’une famille qui se déchire et dont les conditions de vie hostiles ne peuvent à elles-seules expliquer la cruauté, les haines, les trahisons et la violence.

    À sa sortie, La Terre a donné lieu à une critique virulente d’un groupe d’écrivains un peu oubliés aujourd’hui, qui allèrent jusqu’à écrire un célèbre « Manifeste des cinq » où l’on accusait Zola de complaisance, où l’on moquait les scènes triviales et où on allait même jusqu’à accuser l’auteur de pornographie ! On a dit que les signataires pensaient complaire à Edmond de Goncourt ou à Alphonse Daudet, tous deux ayant déjà eu maille à partir avec Zola à l’occasion de ses œuvres précédentes : les articles qui paraissaient dans les revues littéraires étaient d’une violence que l’on aurait peine à imaginer aujourd’hui, compte-tenu de l’enjeu !

    Bien entendu, dans L’Œuvre on peut s’attacher au parcours douloureux du peintre Claude Lantier, peu ou prou inspiré de Cézanne dont Zola était l’ami, mais il s’agit bien d’un roman où la fiction domine. J’ai pour ma part apprécié l’évocation de ce Paris artistique, du Salon des refusés à celui des Indépendants. Mais ce quatorzième tome des Rougon-Macquart est loin de m’avoir touché autant que La Terre, cette plongée au cœur d’un monde paysan que j’ai moi-même connu un siècle plus tard et que mes parents et mes grands-parents ont connu presque en l’état avant la Seconde Guerre mondiale. Ce volume est d’un réalisme inouï, la méchanceté, la ruse et la malveillance semblent toujours l’emporter et les mœurs sont d’une rudesse que l’on a peine à imaginer de nos jours. Toutefois, si le fond du roman est assez noir, il ne faut pas occulter deux aspects importants : d’une part la qualité de l’écriture de Zola, lyrique et même parfois poétique malgré son naturalisme, et d’autre part l’humour féroce avec lequel l’auteur décrit parfois la cupidité, la méchanceté, la mesquinerie, la jalousie ou l’avidité de ses héros.

    Avec La Terre, c’est la première fois que je lis une œuvre de fiction classique qui colle aussi à bien ce monde paysan disparu que nous ont décrit ceux qui l’avaient connu et dont l’éducation scolaire leur a permis de nous laisser ces si rares et précieux témoignages que sont Toinou d’Antoine Sylvère, Le Cheval d’orgueil de Pierre-Jakez Hélias ou encore Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel. Là où le grand Balzac s’est essayé à évoquer un monde qu’il connaissait relativement mal dans Les Paysans, là où Georges Sand et même Maupassant n’ont souvent fait qu’esquisser la dure réalité ou effleurer pudiquement les mœurs des campagnes au XIXe siècle, Zola a réussi le tour de force de nous immerger totalement dans un monde qui, même s’il ne l’avait que peu connu, nous l’a fait paraître plus vrai que nature grâce à un travail documentaire colossal et à une puissance de création littéraire remarquable : ce roman nous plonge dans l’enfer des conditions de vie si difficiles de ces femmes et de ces hommes dont les frères de misère peuplaient déjà Germinal ou Le Ventre de Paris.

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  2. Lombard
    Lombard dit :

    LES ZOLA SE SUIVENT ET NE SE RESSEMBLENT PAS : LE RÊVE ET LA BÊTE HUMAINE.

    Avec Le Rêve et La Terre, je termine la lecture du tome IV des Rougon-Macquart en Pléiade.

    On pourrait croire que Le Rêve est une pièce rapportée dans la saga des Rougon-Macquart : rien ne semble rattacher cet épisode à l’ensemble, ni son thème, ni l’histoire, ni les personnages ni même l’écriture. C’est d’ailleurs à l’aide d’un simple subterfuge que Zola apparente son héroïne à la famille Rougon, afin de justifier que le roman traite bien de l’un des thèmes qu’il souhaitait aborder pour raconter son « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second Empire ». Les abondantes notes présentes dans l’édition en Pléiade narrent par le détail la genèse de ce roman atypique ; selon certains, l’auteur avait envisagé ce thème longtemps avant la publication du roman, selon les autres il ne l’aurait écrit qu’en réaction aux critiques de La Terre, le volume précédent qui avait fait couler beaucoup d’encre et l’avait manifestement éloigné des honneurs – la croix et l’Académie. La correspondance de Zola semble fournir des éléments qui donnent du grain à moudre aux deux camps. Bien évidemment, je n’ai pas les éléments ni les connaissances nécessaires pour abonder dans un sens ou dans un autre, mais le fait est que ce roman ne m’a pas enthousiasmé.

    En premier lieu, il m’a semblé que, pour la première fois en seize romans, l’auteur commençait à montrer de façon un peu trop visible certains tics littéraires consistant notamment à assimiler l’abondante documentation qu’il s’est procurée au stade préparatoire et à la régurgiter en d’interminables pages que l’on pourrait qualifier de techniques. Cette restitution était déjà visible dans les ouvrages précédents, par exemple avec les descriptions assez longues des méthodes de culture dans La Terre, mais jusque là ce procédé n’avait pas été érigé en système. Dans Le Rêve, deux sources principales alimentent ces longs passages descriptifs : La Légende dorée de Jacques de Voragine et des ouvrages techniques d’architecture que Zola s’est procurés. Ainsi, des extraits de La Légende dorée sont repris presque textuellement tout au long du roman ; des résumés relativement longs des vies de saints donnent lieu à de pleines pages qui semblent rapportées artificiellement. Quant aux descriptions de châteaux, de cathédrales et de bâtisses du XVe siècle, elles ne dépareraient pas dans les anciens Guides bleus Michelin tant elles sont détaillées, voire exhaustives. Enfin, on peut dire que la très mince intrigue du roman se situe comme un chapitre additionnel à La Légende dorée, en en reprenant la manière et l’aspect édifiant.

    Il est certes un peu vain de critiquer le style du maître, mais, en tant que lecteur, je ne peux pas m’empêcher de trouver interminablement longues une bonne moitié des pages de ce roman. Pourtant, la longueur d’un ouvrage ne m’a jamais rebuté, pas plus que les très longues descriptions, témoins celles de Balzac que je considère pourtant plus littéraires, plus romanesques et moins techniques, c’est-à-dire plus créatives et plus intéressantes. Le grief majeur que j’adresse à ce roman, ce qui lui manque cruellement, c’est tout simplement une véritable histoire. On serait bien en peine de résumer Le Rêve en plus d’une dizaine de lignes tant l’intrigue est aussi mince que le papier bible sur lequel elle est imprimée. Cette quasi absence d’histoire et la mièvrerie invraisemblable du caractère de tous ces personnages n’ont pas aidé Zola à recevoir de bonnes critiques en son temps. Il y a pourtant eu quelques rares défenseurs du maître pour exalter la poésie de son style. Il est vrai qu’il « écrit bien » ; comment pourrait-il en être autrement avec Zola ? Cela dit, Le Rêve paraît si léger dans la grande saga des Rougon-Macquart que ne pas le lire constitue tout au plus un péché véniel.

    Sorti de ce petit roman anecdotique, je me suis jeté sur La Bête humaine. Et là, quel contraste. Nulle présence de descriptions interminables de locomotives, chaudières, aiguillages, gares ou passages à niveau. Tout cela, bien que naturellement évoqué, reste complètement intégré à l’histoire. Avec ce style extrêmement riche et vif, Zola est à son meilleur niveau, celui des grands romans des Rougon-Macquart. Pour ne pas gâcher le plaisir du lecteur, je n’évoquerai pas l’histoire, je dirai juste qu’elle est riche en rebondissements. Zola avait fixé par avance la longueur de son entreprise littéraire à vingt tomes ; pour rester dans le cadre qu’il s’était fixé, contrairement à son habitude il a traité deux thèmes distincts en un seul roman : le monde des chemins de fer et une intrigue qu’il qualifie de « judiciaire » – on dirait aujourd’hui policière.

    Le romancier a voulu concentrer plusieurs intrigues en un seul volume, ce qui fait qu’arrivé aux trois-quarts de La Bête humaine, on a peine à croire à une telle accumulations de faits ; tous ces épisodes pourraient alimenter les saisons entières d’une série policière contemporaine. Zola a voulu mettre dans ce roman un concentré de la noirceur de l’âme humaine ; il a donc multiplié les coups de théâtre et rassemblé en quelques centaines de pages ce qui aurait pu donner matière à plusieurs romans pour un Gaston Leroux ou un Maurice Leblanc. Il n’est pas sacrilège de comparer l’intrigue de La Bête humaine aux aventures de Rouletabille ou d’Arsène Lupin, même si encore aujourd’hui, Zola, considéré de son temps comme un héros national, reste situé comme « littérairement supérieur » par rapport aux feuilletonistes de son époque. Il est vrai que son style poétique et lyrique très riche ainsi que sa documentation abondante lui permettent de rendre relativement crédibles la psychologie des personnages malgré l’accumulation des événements extraordinaires qui se déroulent au fil des pages.

    On a beaucoup loué les dernières pages de La Bête humaine. Il faudrait rendre hommage à tout le dernier chapitre qui constitue à la fois un rebondissement inattendu, un morceau de bravoure et un magnifique exemple de ce que Zola sait écrire : on y retrouve des saillies de génie littéraire, les analyses psychologiques sont profondes, la puissance d’évocation du romancier nous plonge au cœur de cet univers si particulier et l’aventure se montre particulièrement palpitante. Au final, et malgré le petit bémol sur ce concentré d’aventures rocambolesques en si peu de pages, La Bête humaine m’apparaît comme l’un de meilleurs romans des Rougon-Macquart. Cet ouvrage mérite indéniablement d’être lu, il se dévore même avec plaisir et il constitue un agréable dérivatif à l’ambiance morose qui règne en cette période de confinement.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Allez, encore un petit tome et vous aurez avalé Zola !
      Je vois que le tome V comprend « La débâcle ». Dans un genre un peu différent, je conseille « Débâcle », de Lize Spit, une jeune auteur belge qui a fait sensation, et dont l’écriture est excellente. Ma première lecture de confinement (pour les romans). Mais je suis hors sujet…

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