Euripide (480 avant J.-C. à 406 avant J.-C.) fait partie de la « trilogie des dramaturges » de la Grèce antique, que l’on retient dans l’ordre chronologique suivant :

Eschyle (tragédie en germe)

suivi de Sophocle (tragédie à maturité)

suivi d’Euripide (décadence de la tragédie)

La réalité est un peu plus complexe : Eschyle n’est le premier que parce que les quelque 32 tragédies conservées de ces auteurs ne représentent que quelques pièces sur un ensemble beaucoup plus vaste (220 environ pour ces trois auteurs ; 648 tragédies présentées aux Grandes Dionysies) ; Sophocle qui est présenté avant Euripide nous a pourtant laissé la dernière pièce conservée, etc.

Ce qui est certain : les pièces de ces auteurs sont des références culturelles immenses qui ont traversé les âges et nourri toute la littérature, et plus généralement, tous les arts jusqu’à notre époque.

Quelques titres d’Euripide :

Médée

Andromaque

Iphigénie en Tauride

Edition de référence :

Les Belles Lettres [par défaut]

Collection des Universités de France (CUF)

Tragédies en 8 tomes, dont le 6e et 7e tomes sont en deux volumes, tandis que le 8e tome est en 4 volumes. Si je compte bien, cela fait quand même 13 volumes.

Le prix moyen par volume est de 35 €, mais les volumes du tome 8 sont plus chers (jusqu’à 89 € pour le tome 8, second volume) ; peut-être pourra-t-on s’en passer s’il ne s’agit que de connaître les pièces principales de l’auteur (le tome 8 comprend l’édition de fragments, et non de pièces complètes…)

Texte bilingue, comme toujours pour cette collection.

Cela porte Euripide à plus de 500 €, aussi faut-il noter que la Pléiade a édité l’auteur en un seul volume maniable (il semble que ce volume soit épuisé ;  je ne l’ai pas vu dans le Catalogue 2017 de la collection. Quelqu’un le propose sur Amazon…à 350 € ; ce qui est bien sûr excessif).

Je n’ai pas d’avis sur les éditions et suis preneur de vos commentaires.

Livre(s) très recommandables 

  • William Marx, « Le tombeau d’Oedipe », Les Editions de Minuit, collection Paradoxe, 2012 (203 p.): …est une réflexion extrêmement intéressante et accessible sur ce qu’est la Tragédie grecque, sur la perception faussée que l’on peut en avoir. L’auteur s’appuie sur une pièce de Sophocle (Oedipe à Colone) et non d’Euripide, mais son essai est valable et passionnant pour tous les tragiques
  • René Goossens, « Euripide et Athènes », Bruxelles, Palais des Académies, 1962 (784 p.)

…Nous est conseillé par Néo-Birt7 dans son intervention. Gros livre à trouver d’occasion.

Roger Goossens fait un parallèle détaillé entre les oeuvres d’Euripide et les événements contemporains d’Athènes. Je n’ai pas encore lu ce beau pavé (je souhaite auparavant terminer les lectures recommandables pour Homère et Lovecraft…), mais pour ce que j’en ai déjà feuilleté, ça m’a l’air absolument passionnant. Quelques passages cités sont en grec non traduit, malheureusement ; mais avec une édition bilingue des Belles Lettres ou un bon traducteur, on doit pouvoir s’en sortir. Les passages en question sont courts et il me semble que l’on puisse beaucoup s’enrichir, même en les ignorant.

A vous de jouer maintenant !

Pour mémoire, l’édition citée est suivie de la mention [par défaut] qui apparaît s’il n’y a pas encore eu de discussion sur le sujet.

En commentaires, libre à vous de :

  • discuter des mérites et défauts des différentes éditions
  • de la place de l’auteur ou de l’oeuvre dans la culture de son temps
  • de l’importance de l’auteur ou de l’oeuvre pour un lecteur contemporain
  • de ce qu’il représente pour vous
  • des livres ou autres sources très recommandables pour comprendre l’auteur / l’oeuvre / son influence
1 réponse
  1. Neo-Birt7
    Neo-Birt7 dit :

    Le théâtre conservé d’Euripide nous est parvenu sous deux formes : 10 tragédies représentant le Choix (tardo-?)antique ont été préservées avec des scholies plus ou moins abondantes ; par ailleurs, au XIVe siècle, un vieil exemplaire d’une édition complète rangeant les tragédies dans l’ordre alphabétique de leur titre a été recouvré à Byzance et aussitôt transcrit dans deux manuscrits, le Laurentianus 32.2, coté L, et le Palatinus 287 + Laurentianus C.S. 172, coté P, auquel on a ajouté les dix pièces déjà connues pour en faire des Euripides complets. La valeur de L et P est assez faible pour ce qui concerne les tragédies du Choix ; nous en possédons en effet des manuscrits à la fois beaucoup plus anciens et de meilleur aloi (le palimpseste de Jérusalem, H, qui donne 1593 vers d’Hécube, des Phéniciennes, d’Oreste, d’Andromaque, d’Hippolyte et de Médée, doit appartenir au Xe/XIe siècle ; le Parisinus 2713, B, remonte au moins au XIe siècle, voir à la fin du Xe, et pourrait même être notre plus vieux codex médiéval d’Euripide, encore qu’il soit hasardeux de tirer des conclusions grandioses de son ordre des pièces comme tend à le faire André Tuilier ; le Venetus Marcianus 471, M, date sans discussion du XIe siècle, etc ; pour ce qui est de la datation de ces manuscrits, on se méfiera souverainement de celles adoptées par le spécialiste d’Euripide le plus valorisé en France, Tuilier, dans sa thèse « Recherches critiques sur la tradition du texte d’Euripide », Paris, Klincksieck, 1968, comme dans ses articles disponibles sur Persée, car il pratique une paléographie pro domo entièrement dépendante de ses idées très contestables sur la transmission du texte d’Euripide dans l’Antiquité tardive puis au Moyen-Âge auxquelles personne d’autre n’a pu consentir – les datations que je donne reproduisent le consensus de tous les autres experts [voir Kjeld Matthiessen, « Studien zur Textüberlieferund der Hekabe des Euripides », Heidelberg, Winter, 1974, pp. 41, 44, 48 ; Donald J. Mastronarde et Jan M. Bremmer, « The Textual Tradition of Euripides’ Phoinissai », Berkeley / Los Angeles / Londres, University of California Press, 1982, pp. 1-3 ; J. Diggle, « The Textual Tradition of Euripides’ Orestes », Oxford, Clarendon Press, 1991, pp. 5-6]). Sur les pièces alphabétiques, il ne fait aucun doute pour personne d’informé hormisTuilier, pp. 187-209, en particulier 196 sqq., qui remet en scène l’hypothèse défendue par Alexander Turyn (« The Byzantine Manuscript Tradition of the Tragedies of Euripides », Urbana, University of Illinois Press, 1957, pp. 264-288, surtout 278 sqq.) alors qu’elle avait été ruinée par Günther Zuntz (« An Inquiry into the Transmission of the Plays of Euripides », Cambridge, Cambridge University Press, 1965, pp. 1-110) que P, qui n’a aucune erreur séparative indubitable par rapport à L et n’a jamais raison contre lui, ne doit pas être le jumeau de L mais son apographe réalisé dans le scriptorium de Démétrios Triclinios au moment où celui-ci avait fini d’ajouter ses notes métriques marginales sur L mais avant qu’il n’y inscrive son commentaire détaillé. Il est très fâcheux, pour les thèses de Tuilier, que ce dernier soit incapable d’assigner les additions tricliniennes sur L reproduites par P à leur strate distinctive en fonction des encres utilisées dans le modèle, alors même que non seulement Zuntz, qui est l’inventeur de cette typologie, mais encore Diggle, Matthiessen, Mastronarde et d’autres y parviennent le plus souvent (« ces exemples montrent dans leur variété qu’il est impossible de reconnaître les étapes des corrections tricliniennes de L dans P, puisque ces corrections, qu’elles soient noires ou brunes (ou gris brun) apparaissent également dans ce dernier manuscrit » [Recherches critiques… », p. 201).

    On n’a pas attendu, comme de juste, le moment où notre abondante documentation manuscrite serait assez bien explorée et balisée pour donner du théâtre conservé d’Euripide des éditions d’ensemble convenables ou de telle ou telle pièce particulière des éditions rigoureuses. Il n’empêche que tous ces travaux, avec les systèmes sur lesquels ils reposent, devaient être rendus caducs par les recherches qui ambitionneraient de restituer l’ensemble de notre tradition dans sa complexité, comme nous venons de le résumer à très gros traits. L’Oxford Classical Text de Gilbert Murray (3 vol., 1901-1904-1910) et l’édition Budé (commencée en 1923, terminée seulement en 2003, avec les fragments) doivent être considérés comme préscientifiques, d’autant plus que toutes deux s’appuient sur la grande édition à la fois diplomatique et critique de Prinz-Wecklein (Leipzig, Teubner, 1878-1902. La Budé en particulier ne vaut malheureusement pas grand chose ; sauf pour Iphigénie à Aulis et le Rhésos, très tardivement édités par François Jouan, les collations manuscrites en sont négligées (Louis Méridier, dans son apparat à l’Hippolyte [vol. II, 1927, p. 60], va jusqu’à prétendre que les v. 810-824 manquent dans B, ce qui est complètement faux), et même chez Jouan le texte tend presque toujours vers un conservatisme aveugle. L’édition qui fait autorité car son apparat tire le bilan de toutes les recherches sur la tradition manuscrite, à laquelle l’auteur a pris une part importante, est le nouvel Oxford Classical Text de Diggle (1981-1984-1994, 3 vol.) ; on y trouvera un texte critique établi avec un jugement acéré joint à une compétence linguistique, métrique et critique hors de pair. La nouvelle édition Teubner a été émiettée entre de très nombreux éditeurs (un par pièce – singulier critère pour une tradition aussi compacte) ; si trop de volumes y sont médiocres (ceux de Werner Biehl, l’Hélène de Karin Halt, l’Hippolyte de Walter Stockert), avec un ou deux techniquement peu compétents (ceux d’Antonio Garzya), il s’y trouve quelques éditions excellentes (la Médée d’Hermann van Looy, l’Hécube de Stephen G. Daitz), une seule cependant rivalisant avec les standards de Diggle (les Phéniciennes de Mastronarde). Une resucée du texte de Diggle incorporant de nombreux changements personnels, pas toujours, ni même souvent, pour le meilleur, apparaît dans la nouvelle Loeb réalisée par David Kovacs (1994-2002, 6 vol.) ; son principal mérite est d’avoir montré que l’OCT, malgré sa monumentalité, pouvait faire l’objet d’améliorations conjecturales.

    Chacune des 19 pièces ayant attiré au moins un grand commentaire savant moderne, dont certain d’un intérêt aujourd’hui surtout historique (ainsi l’Héraklès d’Ulrich von Wilamowitz Möllendorff), sans compter les éditions commentées des principales pièces fragmentaires que nous restituées les papyrus, plus abondants pour Euripide que ceux d’Eschyle et Sophocle combinés, il sera plus utile de citer simplement les principales ressources : les Bacchantes d’Eric R. Dodds (en seconde édition : « Euripides Bacchae. Edited with Introduction and Commentary », Oxford, Clarendon Press, 1960), une superbe miniature ; l’Hippolyte de William S. Barrett (« Euripides Hippolytos. Edited with Introduction and Commentary », Oxford, Clarendon Press, 1964), tout simplement l’une des éditions cardinales de tout le XXe siècle ; l’Hélène de Richard Kannicht (« Euripides Helena. Herausgegeben und erklärt », Heidelberg, Winter, 1969, 2 vol.) ; les Bacchantes de Jeanne Roux (Paris, Belles Lettres, 1970-1972, 2 vol.), modeste et honnête ; les Suppliantes de Christopher Collard (« Euripides Supplices. Edited with Introduction and Commentary », Groningue, Bouma, 1975, 2 vol.) ; l’Oreste de l’immense métricien Charles W. Willink (« Euripides Orestes with Introduction and Commentary », Oxford, Clarendon Press, 1986) ; l’Héraklès de Godfrey W. Bond (« Euripides Heracles with Introduction and Commentary », Oxford / New York, Clarendon Press, 1988), digne successeur de Wilamowitz ; l’Iphigénie à Aulis de Stockert (« Euripides, Iphigenie in Aulis », Vienne, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, 1994, 2 vol.), en deçà, pour la qualité, de toutes les précédentes ; les Phéniciennes de Mastronarde (« Euripides Phoenissae. Edited with Introduction and Commentary », Cambridge, Cambridge University Press, 1994) ; Poulheria Kyriakou à Iphigénie en Tauride (« A Commentary on Euripides’ Iphigenia in Tauris », Berlin / New York, de Gruyter, 2006), correcte sans plus ; Almut Fries à Rhésos (« Pseudo-Euripides, Rhesus. Edited with Introduction and Commentary », ibid., 2014).

    La traduction française la plus saine, si l’on se base sur le texte retenu (celui de Diggle avec les sempiternelles modifications dans un sens plus conservateur), est celle dirigée par Monique Trédé-Boulmer en 4 vol. chez Garnier-Flammarion, 2000-2010 ; la plus lisible, celle de Victor-Henri Debidour à la Pochothèque (Paris, 1999). La version d’Henri Berguin et Georges Duclos, parue dans les Classiques Garnier en 4 vol. et reproduite dans l’ancienne collection Garnier-Flammarion, a en général plus de simplicité et d’aisance que la version de l’édition Budé, où trop de traducteurs issus d’horizons académiques trop différents se sont succédé sur une longue période. Je n’aime pas, je crois pour de solides raisons, le travail philologiquement plutôt léger de Marie Delcourt dans l’Euripide de la Pléiade ; mais le lecteur pressé y trouvera une honnête vulgarisation.

    Une manière originale et profitable d’aborder Euripide consiste à étudier la manière dont ses pièces réfractent l’histoire athénienne immédiate, l’actualité donc. Je recommande chaudement le très gros ouvrage posthume de René Goossens, « Euripide et Athènes », Bruxelles, Palais des Académies, 1962 (784 p.). Son texte (pas ses notes en fin de chapitres, très savantes) de Goossens est plus accessible que l’étude classique d’Edouard Delebecque « Euripide et la guerre du Péloponnèse », Paris, Klincksieck, 1951.

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