Howard Philipps Lovecraft  (1890 – 1937. souvent cité H.P. Lovecraft, comme on dirait « H.G. Wells ») est un écrivain américain du début du XXème siècle. Il est l’auteur d’œuvres d’horreur/de fantastique (dont la qualité lui fait dépasser le stade « d’auteur de genre ») et le créateur d’une mythologie cosmique dont l’influence culturelle est immense pour le genre. On peut le comparer à Edgar Allan Poe, qui fut sa principale inspiration (aux côtés de Lord Dunsany) ; même si les thèmes et l’écriture d’H. P. Lovecraft en font un nouveau jalon original de l’écriture du fantastique.

Ses titres les plus connus sont sans doute :

  • La Couleur tombée du ciel
  • Le cauchemar d’Innsmouth
  • L’appel de Cthulhu

(le « C » de Cthulu devant se prononcer à la manière du « j » (jota,) espagnol : un raclement de gorge.)

Le réalisme de ses créations (dont un grimoire secret, le Nécronomicon) ont pu faire douter de la fictivité des objets ou des mythes qu’il a inventés. Retenons qu’il n’a jamais cru à ses propres mythes, qui étaient pour lui des outils littéraires, et qu’il serait vain de chercher une cohérence parfaite dans cette cosmogonie.

Au-delà des nouvelles ou des romans (courts), Lovecraft est l’auteur d’une correspondance gigantesque. Les estimations varient (de 40.000 à 100.000 lettres). Cette correspondance est la véritable clé de la compréhension de l’auteur.

On a beaucoup glosé sur le racisme de Lovecraft. Mais pour l’essentiel, il ne s’agissait que du racisme ordinaire de son époque. Si sa répulsion était réelle et indiscutable, on chercherait en vain dans ses textes les appels haineux au meurtre lancés par d’autres auteurs. Lovecraft n’est pas Céline. Rappelons-nous, par exemple, que sa femme était juive. Ce racisme doit cependant être évoqué pour bien comprendre l’oeuvre elle-même, où la peur de l’inconnu, le dégoût et l’indicible tiennent une place prépondérante.

Parallèlement à ce racisme, l’on peut retenir que Lovecraft est un WASP (Blanc ; Anglo-saxon ; mais athée)  ayant conscience de son déclassement ; ceci expliquant peut-être cela.

Au rang des idées reçues, on peut aussi oublier « le reclus de Providence ». Lovecraft était au contraire particulièrement sociable ; mais sans doute sa sociabilité était elle limitée par ses moyens fort modestes.

Il est aussi intéssant de connaître le goût de Lovecraft pour la science, et en particulier l’astronomie, pour bien appréhender son oeuvre.

« J’aspire à un monde de mystères magnifiques et gigantesques, de splendeurs et de terreurs, dans lequel ne règne aucune autre limitation que celle d’une imagination sans contrainte. » Cette aspiration a sans doute trouvé son épanouissement dans la littérature.

Lovecraft a influencé de nombreux auteurs. Pour quitter la littérature : Un jeu de rôle, L’appel de Cthulhu, a marqué les années 1980 et continue de paraître épisodiquement. J’ai moi-même fait l’acquisition récente de « Londres au XIXe siècle« , paru dans le cadre d’une déclinaison de ce jeu de rôle ; un livre intéressant sur le Londres de l’époque Victorienne.

Un point m’a toujours frappé chez Lovecraft : sa capacité à choisir ses noms. Dagon, Cthulhu, Yog-Sothoth, Necronomicon, l’arabe dément Abdul Al-Hazred, shub niggurath, Nyarlathotep… Un mot suffit pour, déjà, basculer dans une autre réalité.

Editions de référence :

  • Bouquins, chez Robert Laffont [par défaut]

Edition présentée et établie par Francis Lacassin.

3 volumes, reprenant à ma connaissance l’intégrale de l’auteur (hors la correspondance, qui n’est ici présente qu’en sélection), ses notes de travail, ses brouillons abandonnés ; ainsi que bon nombre de textes de continuateurs ou de pasticheurs.

31 € par volume, neuf.

  • La correspondance

…N’est malheureusement pas disponible en français.

La maison Arkham House Publishers a édité ses « selected letters » en 5 volumes. Non traduites exhaustivement en français à ma connaissance.

Livre(s) ou ressource(s) recommandable(s) :

  • Maurice Levy est l’auteur d’un essai précurseur en France : LOVECRAFT ou DU FANTASTIQUE, paru en 1972 chez 10/18.

L’essai a bonne réputation et, parait-il n’a pas vieilli (bien que son auteur soit revenu, 37 ans plus tard, sur son enthousiasme de l’époque). J’en ferai le commentaire détaillé prochainement (dans sa réédition de 1985 chez Christian Bourgeois)

Dans l’attente, il est chroniqué sur Persée : – lien externe vers la chronique sur Persée 

  • Michel Houellebecq est l’auteur de H. P. Lovecraft : Contre le monde, contre la vie. Disponible en poche chez 10/18 pour moins de 6 €, alors autant se faire une petite idée.

L’essai de Michel Houellebecq est un véritable chant d’amour à l’oeuvre de Lovecraft (qui renseigne aussi bien sur Lovecraft que que Houellebecq, d’ailleurs). Après une belle introduction de Stephen King, l’essai est divisé en trois parties :

Première partie, l’auteur pose son sujet, rappelle les débuts de Lovecraft après son premier effondrement nerveux. Il pose le « matérialisme absolu » de l’auteur (dont les créatures ne sont pas des êtres éthérés, mais ont une nature physique, comme la nôtre, assortie de pouvoirs que nous ignorons). Il s’étonne des continuateurs de Lovecraft, qui ont approfondi son univers, utilisant les « briques » créées par lui et utilisant les mêmes expressions (beau parallèle avec le « style formulaire » chez Homère). Autre beau parallèle avec l’oeuvre de Conan Doyle (page ouverte sur propagerlefeu.fr !) qui a fait aussi l’objet d’un engouement énorme et dont l’oeuvre a connu continuateurs et parodies.

La seconde partie s’intéresse proprement au style de Lovecraft et l’oppose au standard classique du fantastique, où un univers banal se fissure. Chez Lovecraft, au contraire : entrée en matière directe (chapitre 1). Houellebecq cite Lovecraft (« je ne crois pas que le réalisme soit jamais beau« ) et justifie que celui-ci ne s’intéresse pas à deux réalités essentielles de notre monde : le sexe et l’argent (chapitre 2). Le chapitre 3 évoque le goût de l’architecture qui se retrouve dans les nouvelles et textes longs. Le chapitre 4 décrit l’utilisation des sens (ouïe, odorat…) dans l’oeuvre. Les matières annexes (archéologie, biologie, astronomie…) qui nourrissent l’oeuvre de Lovecraft font l’objet du chapitre 5. Le chapitre 6 décrit encore quelques procédés stylistiques : la mise en relation entre des données temporelles très larges (des centaines de millions d’années) et d’autres d’autant plus précises (onze heure et quart) ; et d’autres procédés de narration visant à donner une impression d’objectivité : articles de journaux, rapports de police, compte rendus de travaux scientifique…

La troisième partie reprend des données biographiques et prend le temps de s’interroger sur le racisme de l’auteur, exacerbé après son expérience new-yorkaise. Tout à son amour de Lovecraft, Houellebecq évacue un peu vite les reproches de style qui lui ont été faits : « Leur conclusion [aux critiques] a été que l’individu avait une imagination étonnante (il fallait bien, malgré tout, expliquer son succès), mais que son style était déplorable. Ce n’est pas sérieux. Si le style de Lovecraft est déplorable, on peut gaiement en conclure que le style n’a, en littérature, pas la moindre importance ; et passer à autre chose. »

Michel Houellebecq note à juste titre à quel point notre monde actuel dégoûterait Lovecraft : mécanisation/modernisation ; idéaux de liberté et de démocratie ; credo indiscuté du progrès ; capitalisme libéral / mercantilisme / publicité / culte de l’efficacité économique ; libéralisme étendu au domaine sexuel.

A vous de jouer maintenant !

Pour mémoire, l’édition citée est suivie de la mention [par défaut] qui apparaît s’il n’y a pas encore eu de discussion sur le sujet.

En commentaires, libre à vous de :

  • discuter des mérites et défauts des différentes éditions
  • de la place de l’auteur ou de l’oeuvre dans la culture de son temps
  • de l’importance de l’auteur ou de l’oeuvre pour un lecteur contemporain
  • de ce qu’il représente pour vous
  • des livres ou autres sources très recommandables pour comprendre l’auteur / l’oeuvre / son influence
44 réponses
  1. francis moury
    francis moury dit :

    Le titre original de l’étude de Lévy est « Lovecraft ou du fantastique » et cela dès son édition originale U.G.E., coll. 10/18.
    « Lovecraft, ou, du fantastique » est erroné. Il n’y a pas de virgule de séparation entre les ces éléments.

    L’article belge en lien sur Persée commet une ahurissante erreur de format : ce n’est pas un in-8°, c’est un livre de poche. Coquille probable, au demeurant.

    Les titres les plus connus de Lovecraft furent ceux de ses recueils de nouvelles, pas ceux de ses nouvelles sauf dans le cas où une nouvelle a donné, en France, son titre au recueil dans lequel elle se trouvait. Par exemple « Le cauchemar d’Innsmouth » appartenait au recueil « La couleur tombée du ciel » auquel appartenait bien évidemment aussi cette seconde nouvelle qui donnait son titre au recueil chez Denöel.

    Les éditions « présentées et établies » par Francis Lacassin sont traduites par qui ? Si par Jacques Papy, alors très bien. Si par quelqu’un d’autre, venu plus tard, nécessité d’une comparaison impérative avec la traduction de Jacques Papy qui fait référence et que Jean Cocteau jugeait même supérieure à l’original américain, un peu comme, à une époque, on a pu considéré qu’il valait presque mieux lire William Faulkner traduit par Maurice-Edgar Coindreau. que dans le texte américain.

    Les éditions de référence des traductions françaises de Lovecraft sont les éditions Denoël, collection Présence du futur, d’abord grand format pour les plus anciens, puis format poche pour les moins anciens ou pour les rééditions des plus anciens chez le même éditeur.
    On a par la suite trouvé du Lovecraft chez divers éditeurs : je cite de mémoire Pierre Belfond, Christian Bourgeois collection Dans l’épouvante (notamment LE RODEUR DEVANT LE SEUIL co-signé par August Derleth), J’ai lu (rééditions poche), etc.

    L’étude de Lévy dispose d’une petite bibliographie mais elle est insuffisante : Lévy se contente de mentionner les titres des recueils Denöel sans mentionner leur contenu. En revanche, il a donné une bibliographique chronologique nouvelle par nouvelle, ce qui est très bien.

    L’autre étude française de référence sur H.P. Lovecraft demeure le Cahier de l’Herne qui lui fut consacré. C’était une revue prestigieuse, rassemblant des articles variés d’un collectif d’auteurs sélectionnés. Même principe et mêmes qualités (y compris plastiques) que les revues proches en exigence telles que L’Arc ou Nouvelle Ecole.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Bonjour Francis,

      Merci de vos interventions. Plusieurs points :
      Sur le titre de l’essai de Levy, merci de me corriger. Je vais cependant vérifier ce soir en rentrant chez moi car je suis un peu surpris d’avoir fait ce genre d’erreur (la profondeur de ma médiocrité m’étonnera toujours).
      Je vous donnerai également le nom des traducteurs de l’édition Bouquins. Je ne pense pas que l’on puisse dénigrer leur travail avant de les avoir lus ; effectivement, la comparaison serait intéressante.
      Vous donnez la préférence aux éditions Denoël ; auriez-vous quelques arguments pour fonder cette préférence (hormis, peut-être, l’antériorité ou, si je comprends bien, la traduction ?)
      Dans les lectures recommandées, je note de référencer le Cahier de l’Herne, qui est bien sûr une référence. Pas plus tard que ce matin, dans ma navigation, un bandeau publicitaire me proposait la revue Europe, qui chronique dans un même numéro Lovecraft et Tolkien. Je me suis aussi promis de la référencer (après lecture ; mais je ne me la suis pas encore procurée, mon budget de janvier/février ayant déjà été mangé par Homère, Euripide, et quelques livres étonnants du XIXe…)

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Vu : Le livre de Maurice Levy est référencé avec les virgules sur Amazon ; titre repris tel quel ici avant réception du livre (la confiance me tuera). L’essai est titré simplement « Lovecraft » en couverture et « LOVECRAFT ou DU FANTASTIQUE » en page intérieure. Je corrige.

      L’édition Bouquins reprend les traductions d’autres éditeurs :
      – traductions de Paule Pérez aux éditions Belfond.
      – traductions de Yves Rivière aux éditions Denoël
      … Selon les nouvelles.
      – traduction de Jacques Papy et Simone Lamblin aux éditions Denoël (pour « La Couleur tombée du ciel », « L’Affaire Charles Dexter Ward », « L’Abomination de Dunwich », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Le Cauchemar d’Innsmouth », « La Maison de la Sorcière », « Le Monstre sur le seuil », « Dans l’Abîme du temps »)
      …Ces traductions concernent donc l’essentiel des « textes longs » de Lovecraft, et ceux d’importance, hormis « Les Montagnes Hallucinées » (traduction de Simone Lamblin, seule, aux éditions Denoël).

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  2. Restif
    Restif dit :

    Je viens de regarder dans l’édition Bouquins et les traductions sont de J.Papy et Simone Lamblin ou de Papy seul ou de Simone Lamblin seule. A vrai dire tous les noms des traducteurs proviennent soit de l’édition Denoël soit de l’édition Belfond. Je n’ai pas regardé touchant les œuvres « venues d’ailleurs » mais j’ai tout lieu de croire que, là aussi, on a repris les traductions anciennes quand elles existaient. Donc… Sinon, sur l’analyse de Lovecraft, je me souviens d’un article de Jacques Goimard paru dans Métal Hurlant (j’ai acheté toute la collection) qui analysait le style de Lovecraft et qui était ma foi excellent. S’il m’en souvient bien il observait l’importance du négatif dans la stylistiques lovecraftienne. Ainsi dans « La couleur tombée du ciel : « A Arkham les collines sont sauvages et il est des vallée dont les bois profonds N’ONT JAMAIS subi la hache. Il est d’étroites et sombres gorges où de minces ruisselets filtrent sans JAMAIS avoir reflété l’éclat du soleil .. » Un tout petit peu plus loin l’idée de « négatif », d’absence, se développe, s’articule de manière plus fine à travers ces « chaumières trapues (…) mais toutes sont vides. Les gens d’autrefois s’en sont allés (…) Non qu’il y ait quoi que ce soit qu’on puisse voir, entendre ou toucher (…) le vieil Ammi Pierce ne leur a jamais raconté » . Bon, j’arrête là, ce n’est peut-être pas passionnant . Cependant, il me semble que cela indique l’un des biais par lesquelles Lovecraft travaille sur notre imagination : c’est plus que du non-dit, c’est un vide que notre esprit va remplir peu à peu de ses phantasmes. Voir l’absence de réelle description de créatures dont tout ce qu’on sait c’est qu’on s’évanouit à les voir -bien sûr, il y a les traits des habitants d’Insmouth, il y a quand même description, mais si peu dès qu’il s’agit d’Azathoth et autres On a dit, trop souvent, que Lovecraft écrivait mal, et c’est aussi pourquoi il n’ y a pas de Pléiade Lovecraft.Or c’est faux, et le petit exercice de Goimard (enfin, deux pages quand même, deux grandes pages équivalent à 4 en poches) m’a paru excellent.
    J’ai lu Lovecraft assez jeune -11 ans- grâce aux Denoël poches à couvertures blanches ornées d’une sorte d’une sorte d’atome en devenir, grâce en soit rendue à mon père qui les avait achetés. On peut dire que je ne m’en suis jamais remis, et pour toujours, je suis d’ailleurs.

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Une sorte d’atome en devenir ?… Moi j’y voyais plus une galaxie lenticulaire ou bien le fantôme d’un ovni… A part ça, plus personne n’ose dire je crois que Lovecraft écrivait, tant son écriture produit de la fascination et notamment pour les raisons que vous avez dites.

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      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        J’irais jusqu’à dire que son imaginaire – hors normes également – n’aurait peut-être pas suffi à lui assurer la position éminente qu’il occupe aujourd’hui, et à garantir sa survie à part et au-dessus de ses collègues de l’époque et que son écriture est un élément essentiel.

        Répondre
          • Domonkos Szenes
            Domonkos Szenes dit :

            Sa façon de transcrire l’univers qu’il a créé (ou plutôt de l’évoquer) n’est pas moins originae que l’univers en question. Celui-ci, réduit à son seul contenu se distinguerait toujours d’autres, moins originaux, mais pas sûr qu’il nous provoquerait en nous le même trouble.
            D’ailleurs Lovecraft était parfaitement conscient d’être un véritable écrivain et non pas un simple raconteur d’histoire, et il était très préoccupé par les questions d’écriture.
            Je ne le qualifierais certainement pas de « styliste » pour autant.

            Répondre
            • Domonkos Szenes
              Domonkos Szenes dit :

              Sa façon de transcrire l’univers qu’il a créé (ou plutôt de l’évoquer) n’est pas moins originale que l’univers en question. Celui-ci, réduit à son seul contenu se distinguerait toujours d’autres, en ce qu’il a d’inouï, mais pas sûr qu’il susciterait en nous le même trouble.
              D’ailleurs Lovecraft, très préoccupé par les questions d’écriture, était conscient d’être un véritable écrivain et non pas un simple raconteur d’histoire.
              Pour autant, je ne le définirait pas comme un « styliste ».

              Répondre
  3. Restif
    Restif dit :

    Ps Pardon Draak, je ne sais pas comment j’ai manqué votre commentaire; du coup ça fait double emploi. J’avais pourtant bien regardé. J’ai du oublier d’actualiser la page. Mea culpa.

    Répondre
    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Tout va bien, cher Restif ; mea culpa : propagerlefeu.fr est jeune et n’est pas aussi bien conçu que je le voudrais. En particulier, je suis le seul à recevoir des mails lorsqu’il y a des commentaires/réponses. J’imagine que pour vous, devoir aller sur le site et penser à vérifier s’il y a des nouveautés, puis les situer dans le fil de conversation n’est pas pratique.
      Votre remarque sur la négation est très intéressante ; je me suis promis de relire Lovecraft et j’aurai cela en tête.
      Il y a beaucoup à dire sur Lovecraft, mais une chose est sûre : ses effets et son écriture étaient le résultat d’une vraie réflexion (même si quelques unes de ces idées sont devenues des évidences de page-turners et peuvent faire sourire ; par exemple son idée de première phrase coup de poing (reprise à E Poe) et qui trouve son illustration dès Dagon : « C’est dans un état bien particulier que j’écris ces mots, puisque cette nuit je ne serai plus. »)
      Il a bien sa place parmi les classiques et ne déparerait pas en Pléiade.

      Répondre
  4. francis moury
    francis moury dit :

    Bonjour

    L’édition originale U.G.E., coll. 10/18, Paris 1972 donne LOVECRAFT en première de couverture, LOVECRAFT OU DU FANTASTIQUE en page de titre. De mémoire, police et taille des caractères identiques pour les quatre mots mais à vérifier sur un exemplaire papier. Et aucune virgule de séparation, bien évidemment.

    Pourquoi Denoël comme éditeur de référence pour Lovecraft chez nous ? Parce que c’est l’éditeur qui a révélé Lovecraft en France d’une part, parce que Jacques Papy était, pour l’essentiel, son traducteur principal et que Papy fut un des plus grands passeurs de la littérature fantastique anglaise et américaine sur un double plan : sa capacité à sélectionner et constituer des anthologies de contes fantastiques anglais et américains, sa capacité à les bien traduire. Roger Caillois lui a rendu hommage dans la préface de son ANTHOLOGIE DU FANTASTIQUE (1958 puis 1965 revue en deux tomes chez Gallimard-NRF) car il l’avait aidé pour le domaine anglais et américain.
    Pour résumer, si Lacassin et l’éditeur Robert Laffont ont repris toutes les traductions de Papy existantes pour les textes originaux de Lovecraft, c’est parfait. Les autres traducteurs (vous ne les mentionnez pas tous dans votre liste, il y en a d’autres) sont moins connus, ce qui ne signifie pas que leur travail soit indigne d’être connu ni d’être repris.

    Comme vous le savez, je demeure persuadé que H.P. Lovecraft mériterait d’être à la Pléiade, en oeuvres complètes. Et commercialement, la Pléiade aurait certainement bien plus de lecteurs d’une telle édition que de certains autres auteurs américains ou anglais qu’elle a pourtant jugé dignes de figurer dans ses rangs.

    Simplement, il faudrait faire pour Lovecraft ce qu’on fait pour une édition critique usuelle : collations, établissement du texte original, comparaison des traductions d’un même texte, bibliographie, biographie, établissement des variantes, etc.

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  5. Restif
    Restif dit :

    Imaginez un Album Pléiade Lovecraft ! Il serait (presque) aussi recherché que le Necronomicon!

    Cher Draak, je reconnais bien là votre magnanime aménité. Propager le feu est jeune, sans doute, mais il n’en est pas moins vrai que si quelque intelligence artificielle lui baillait sa voix il pourrait à juste s’exclamer : « Je suis jeune il est vrai mais aux âmes bien nées/ La valeur n’attend pas le nombre des années. »

    Domonkos, vous avez raison, plutôt un fantôme d’ovni. Mais j’avoue qu’une paresse descriptive m’a saisi. depuis le temps, bien avant la lecture même, depuis l’enfance la plus lointaine où je voyais à travers les vitres des bibliothèques ces étranges couvertures, elles sont devenues pour moi le symbole même du mystère. Il n’ y avait pas que Lovecraft d’ailleurs. Et c’est ainsi que la Sf et le fantastique se sont présentés à moi costumés de cet énigmatique halo. Et bien sûr que l’écriture de Lovecraft est au niveau de son imaginaire, puisque elle en est non seulement la transcription mais aussi la mise en scène et la narration. L’ambiance secrétée par sa prose est telle que la peur suppure de l’atmosphère. Il faudrait parler de l’importance des odeurs (celle du poisson notamment évidemment), des bruits -Celui qui chuchotait dans les ténèbres -, ce sentiment de déréliction qui sourd du paysage même, cette dégénérescence qui marque les traits et les esprits, quand ce n’est pas quelque terrible savoir ou expérience qui a posé sa foudre indélébile sur la chair du survivant. Lovecraft est expert dans l’art de faire s’exprimer une nature, humaine ou urbaine, sauvage ou domestique profondément corrompue, à travers les signes emblématiques d’une horreur abyssale l’expérience de l’indicible se lit, se dit. Quant à l’horreur cosmique, qui ne l’a ressentie le lisant les récits du reclus de Providence?

    Répondre
    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Quand j’étais petit (cela se perd dans l’Abîme du Temps) deux portes ouvraient pour moi le domaine de l’imaginaire : Présence du Futur pour la SF (la Couleur tombée du Ciel, en quelque sorte, qui, parfois, me faisait croire que Je suis d’Ailleurs) et les noirs Marabout pour le Fantastique classique ou contemporain : Celui qui Hantait es Ténèbres. Et tout cela hantait mes nuits, Par-delà le Mur du Sommeil…

      Lovecraft incomparable, insurpassable, parmi ces Grands Anciens qui ont construit les colonnes de notre moderne mythologie (et de notre Géographie imaginaire : s’il n’y avait eu celle de Lovecraft, Stephen King aurait-il construit la sienne ?). Sans parler de son vocabulaire.

      Il est d’ailleurs stupéfiant – et significatif – de voir combien cette oeuvre si datée et produite dans une espèce de ghetto de la « sous-littérature », est partie prenante de notre modernité !

      ……………………………

      Oui, un coffret Pléiade Lovecraft – avec une part significative de la correspondance, SVP – honorerait la collection et ne pose pas la moindre question, tant sa nécessité ressort de l’évidence.

      …………….

      Quant à son racisme – indéniable – qui s’exprime dans des termes parfaitement odieux dans certaines lettres et même nouvelles, il est partie prenante de son univers horrifique : son fantasme du wasp menacé dans son existence même par l’invasion des races dégénérées n’est pas très différent de sa conception de l’homme, moins que microbe, à peine particule, dans un univers dont les forces aveugles et insensibles menacent de le broyer sans même s’en apercevoir.

      Ce n’est pas tant que ça le racisme ordinaire de son temps et de sa classe – même si ça l’est en partie – et Lovecraft me semble plus l’héritier d’un Gobineau, avec son horreur du métissage, qu’un cousin de Céline. Le racisme de Céline a des racines plus populaires qu’intellectuelles. Il ne joue pas un grand rôle dans son oeuvre – à part, bien entendu, dans les pamphlets – et, s’il s’exprime crûment dans certains passages des romans tardifs, il ne les féconde pas, n’est pas une source d’inspiration. Le racisme de Lovecraft joue un rôle dans les fondements de sa création. Il me paraît inutile de s’en affliger, encore plus impossible et vain de vouloir l’extirper. Loin d’en sortir « purifiée » l’oeuvre lovecraftienne en sortirait émasculée.

      Par ailleurs la charge vénéneuse de ce racisme est nulle pour les lecteurs d’aujourd’hui, tant sa forme est grossière et obsolète : littéralement « illisible ».

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      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        Fort heureusement – Azatoth nous en préserve ! – nul ne songe à mêler le nom de Lovecraft ni à faire appel à son « autorité » en la matière, dans les actuels débats sur les migrations…

        Répondre
      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        La correspondance entre Lovecraft et Howard est particulièrement intéressante : le préjugé voudrait voir, au départ, la brute représentée par le Texan, auteur des Conan le Barbare, et l’intellectuel en la personne du Gentleman de Providence ; à l’arrivée il semble bien que l’humaniste serait du côté du « Barbare » et l’inhumanité du côté du « Civilisé »…

        Répondre
      • francis moury
        francis moury dit :

        Cher Domonkos

        Votre commentaire sur votre choix de jeunesse entre la SF Présence du futur et le fantastique Marabout, appelle une précision d’histoire de l’édition française et de l’édition belge.

        Présence du futur publiait aussi du fantastique (« Malpertuis » de Jean Ray, par exemple) et Marabout publiait aussi de la science-fiction (« Les Hommes frénétiques » d’Ernest Pérochon).
        Certains titres tels que, encore lui, « Malpertuis » de Jean Ray ont même fait partie des deux catalogues des deux collections.
        Pas au même moment, bien sûr.

        La série science-fiction de la Bibliothèque Marabout des éditions Gérard & Cie a débuté un peu avant 1970 – plusieurs années après le début de la série fantastique dans la même Bibliothèque – alors que la collection Présence du futur des éditions Denoël est bien antérieure (Ray Bradbury y était traduit dès avant 1955)

        Il y aurait un sujet de thèse (a minima) ou même de livre à écrire sur la réception de la littérature fantastique et de la littérature de science-fiction en France. Les catalogues des éditeurs et les dates d’impression des volumes constituant leur matière première.

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        • Domonkos Szenes
          Domonkos Szenes dit :

          J’en conviens tout à fait. Mais, (était-ce une impression personnelle ou bien était-ce un préjugé partagé ? je ne sais), j’identifiais plutôt PF à la SF et Marabout au Fantastique (en ce qui concerne cet éditeur, d’ailleurs, j’avais auparavant déjà lu les grands classiques populaires, Dumas, Sue, Féval et même le Mouron Rouge de la Baronne Orczy (est-ce que quelqu’un sait encore de quoi il s’agit aujourd’hui ?). Vous comprendrez qu’on ne peut pas se défaire d’une telle empreinte venue de l’enfance.

          Récemment, je me suis mis à reconstituer et compléter ces collections Marabout. Il s’y trouvait tout de même des perles (je pense, par exemple, à une Vernon Lee que, durant près d’un siècle, seul Marabout a publié en France, jusqu’à ce que récemment un éditeur toulousain entreprenne de l’exhumer).

          Ensuite, pour la SF, je suis passé aux J’AI LU qui a publié (presque) toutes les oeuvres majeures jusqu’aux années 70. (Une dernière remarque, je ne sais s’il s’agissait d’une question de prix ou de diffusion, mais il me semble que les Marabout m’étaient plus accessibles que PF à l’époque ; en tous cas, je les trouvais dans toutes les bibliothèques.)

          Et, oui, tout cela mériterait d’être affiné et étudié sérieusement.

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          • francis moury
            francis moury dit :

            Je comprends bien que vous ne puissiez que difficilement vous départir de cette impression d’enfance car elle fut aussi la mienne. Globalement, Marabout était d’abord le fantastique, Présence du futur d’abord la science-fiction. Mais concernant Marabout, la science-fiction a rapidement constitué une série à part entière dès les années 1970.

            Je vous félicite de tenter de reconstituer une collection Marabout.

            Je vous signale qu’il y a eu trois périodes graphiques distinctes : certains titres n’appartiennent qu’à une seule période. D’autres aux trois périodes.
            Je crois par exemple que le volume « LES EPEES DE L’EFFROI Histoires surnaturelles » de Vernon Lee dont vous parlez, n’a été publié que durant la seconde période graphiques.

            Les titres édités par les périodes graphiques sous volumes distincts, le furent en général avec illustrations distinctes de couverture.

            La couverture du DRACULA de B.S. que lit LA COLLECTIONNEUSE dans le film d’Eric Rohmer est celle de sa première édition Marabout.

            L’idéal, à mon avis, pour aller au plus simple et au plus mignon, est de tenter de reconstituer complètement l’une des trois périodes. Ce serait déjà bien d’y parvenir.

            En ce qui me concerne, c’est la seconde période, donc celle de l’année 1970, qui est ma favorite sur le plan graphique.

            Jean-Pierre Andrevon chroniquait régulièrement, dans la revue FICTION, les publications de la Bibliothèque Marabout et il avait noté les changements esthétiques des couvertures, y compris les changements du symbolique oiseau marabout.

            Je vous renvoie aux divers sites qui reproduisent les couvertures Marabout sur Internet : vous constaterez aisément les trois variantes correspondantes aux trois périodes.

            Présence du futur, pour sa part, a connu deux périodes : graphisme identique mais changement de format, passage au format poche à partir de l’année 196x ou 197x, à vérifier.

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            • Domonkos Szenes
              Domonkos Szenes dit :

              Ah oui, le fameux oiseau marabout et son évolution vers un dessin de plus en plus épuré… Quand on a aussi été lecteur des Bob Morane cela permet de situer immédiatement, au premier coup d’oeil sur le dos de couverture, de la période de publication ou de republication du bouquin… Amusant. (J’ai toujours supposé qu’il avait été créé à l’imitation du Penguin anglais, mais je n’ai jamais pris la peine de vérifier les dates de création ?…)

              Ne croyez pas cependant que je sois un vrai collectionneur passionné, je ne cherche pas à être absolument exhaustif en ce qui concerne la collection, mais plutôt à recréer cet univers qui fut, pour moi et d’autres, dans les années 60-70 une sorte de terre promise de l’imaginaire fantastique, à l’époque où il n’y avait pas tant de portes d’entrée, encore moins d’internet… Je dois reconnaître, cependant, qu’au fur et à mesure, on se prend au jeu.

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  6. Restif
    Restif dit :

    Où diable (ou plutôt par Shub-niggurath) avez-vous donc eu ça Domonkos ?J’ai le tome 1 (qui resta unique) de la Correspondance chez Bourgeois avec Derleth et Wandrei, mais ça, je ne le vois nulle part. Un type en 2013 parlait de le traduire puis, rien. Je n’ai pas suivi… Ça doit être épuisé.

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  7. Restif
    Restif dit :

    Alors je ne saurai jamais où vous avez eu cette Correspondance Domnkos? sur le net, nada, néant, macache walou comme on dit dans les cercles universitaires. Une histoire de la réception de la Sf française devrait aussi passer par Galaxie et Fiction. Ah, l’anthologie Caillois du fantastique, mes premières amours. Avec plus tardivement, la remarquable anthologie de Goimard et Jeneaisplus qui (un nom italien. Ah, Roland Stragliatti je crois) en presse-pocket « Histoire de cauchemars.De vampires etc),

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Ben, ça alors ! Que le grand Yog Sothoth me patafiole ! mais je m’aperçois que je n’en sais rien moi-même ! Décidément la dégradation de ce qui me sert de cerveau s’aggrave plus vite que je ne pensais…

      Ne cherchez pas un ouvrage parmi votre bibliothèque lovecraftienne, vous ne l’y trouverez pas, même si elle est aussi bien fournie que la mienne qui est quasiment exhaustive. En fait, je me souviens qu’il s’agissait d’un choix de lettres échangées entre Howard et H.P., faisant une soixantaine de pages bien remplies, avec des commentaires entrelacés… J’ai tout d’abord cru que cela se trouvait dans un recueil du Gentleman de Providence, puis je me suis souvenu que le commentaire était plutôt celui d’un partisan du Barbare texan… alors j’ai cherché dans les ouvrages de celui-ci en ma possession, et je n’ai pas eu plus de succès.

      J’en viens à me demander si, franchissant les Portes de Corne et d’Ivoire, je n’ai pas rêvé, quelque part dans les parages de Kaddath, ce dialogue entre les deux Maîtres !

      Bon, je vais avaler un tube d’aspirine…

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      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        Je me souviens notamment de passages où l’auteur de Conan le Barbare voyait avec bien plus de lucidité ce qu’il y avait d’inhumain dans la doctrine de M. Mussolini que l’auteur de l’Affaire Charles Dexter Ward.

        Mais dans quel monde parallèle du multivers ai-je bien pu lire ça ?

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  8. zino
    zino dit :

    Cher Restif, cher Domonkos,
    Je pense que pour faire bonne mesure, il faudrait, également, ajouter le nom de Jacques Sadoul, qui a tant œuvré pour la reconnaissance, en France, des grands maîtres de la SF et du fantastique américain, notamment par le biais de ses merveilleuses anthologies. Je garde un souvenir ému de ses astounding stories et autres weird tales. Quand on a 11 ans et qu’on a ce genre de livres entre les mains, forcément, ça marque…

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  9. Restif
    Restif dit :

    Vous avez évidemment raison cher zino. J’ai moi-même connu les anthologies de Sadou, souvent excelentesl. Bon, je trouve que certaines étaient peu intéressantes et que des fonds de tiroirs furent recyclés, mais assez boudé son plaisir, car s’en était un que de découvrir ce fameux « âge d’or » (le premier) de la SF américaine. J’en profite pour dire que la revue Fiction a joué un rôle délétère et même néfaste sous la houlette de Dorémieu lorsqu’il en confiât les manettes à Bernard Blanc et Sthephane Nicot. Ils démolirent tout ce qui n’était pas SF politisée, et ne cessèrent der prôner une SF française ennuyeuse, sur-écrite, habitée d’obsessions littéraire au pire sens du mot, une SF prétentieuse, les rédacteurs, les critiques (sauf Richard .D. Nolan le fils de P. Manchette) et les auteurs prétendaient faire le Grand soir à travers les mots en oubliant le scénario. L’éditeur Kesselring fut le symbole de cette stylistique bitumineuse qui ne parlait que d’oppression et d’immonde Kapital.Voir les BD de Chantal Montellier tout à fait dans cette mouvance qu’elle symbolise à merveille.

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Ca y est, nous ne pouvons nous empêcher de digresser, et nous éloignons de Lovecraft… Draak va être obligé de nous rappeler à l’ordre, comme Brumes !
      Tant pis, je prends tout de même le risque d’abonder dans votre sens, Restif – ce fut un véritable suicide de la SF française (qui prétendait prendre modèle sur la new wave anglaise, mais sans le talent des Moorcock, Ballard, Watson, Priest, etc.) Une seule réserve : Chantal Monteiller pouvait être insupportable à afficher au premier degré son féminisme agressif, sa haine des flics, son obsession du fascisme rampant, mais elle n’était pas dépourvue de talent, sur le plan stylistique elle avait une esthétique personnelle intéressante (c’était glaçant, certes, mais pas sans intérêt). Dans un paysage bd qui était alors presque exclusivement masculin elle représentait quelque chose.

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      « une SF française ennuyeuse, sur-écrite, habitée d’obsessions littéraires au pire sens du mot, une SF prétentieuse…. » là je plaide coupable, cher Restif, et m’applique mot pour mot votre réquisitoire, car à l’époque c’est ce que nous écrivions, deux ou trois petits camarades et mo,i et tentions de faire publier (certains y sont parvenus, que par fidélité à notre amitié je ne dénoncerai pas) ; quant à moi, je présentai mes « travaux » à Robert Louit qui dirigeait la collection « Dimensions » chez Calmann-Lévyn, lequel me déclara lucidement que je n’étais pas doué pour la SF (snif !) mais que mes textes comportaient des promesses (je me demande encore où il les avait dénichées, il ne pouvait s’agir que de compassion) et m’envoya à son collègue Roger Vrigny qui me fit travailler et publia mon premier roman dans la collection « normale » de Calmann-Lévy… Comme quoi, la SF de l’époque, que je biberonais itnensivement, fut ma mère et mon père tout à la fois.

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  10. Restif
    Restif dit :

    OUi, je suis d’accord, le graphisme de Montellier est intéressant, et j’ai regretté sa disparition des pages du Psykopat ou sa Bd « Le Normologue » était loin d’être intéressante. Je crois d’ailleurs qu’elle s’est calmée question idéologie pur rouge, au point qu’il y a un petit parum de désillusion chez elle qui me touche. Et pour toucher un vieux crocodile comme moi !

    Sur Lovecraft, il existe -vous l’avez peut-être, je l’ai revendue parce que ma foi ça ne me plaisait pas tant que ça et je désirais acheter autre chose – un somptueux
    Port Folio où sont parus pour la première fois ses poèmes de Lovecraft « Les Fungi de Yuggoth ». C’est LA plus belle édition de ses poèmes. (Voilà, histoire de me racheter un peu de ma digression).

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Merci du renseignement, j’aimerais avoir une belle édition des poèmes de Lovecraft, mais j’évite les port folio, trop chers, trop encombrants, ne répondant pas vraiment à mon goût en fait.
      Pour Chantal Monteiller, je l’avais rencontrée, à deux reprises, lors d’un petit festival de bd dans une commune limitrophe de Marseille (un truc à taille humaine, très peu de dessinateurs, pas de stars, beaucoup de disponibilité) et elle m’avait plu humainement : j’avais effectivement ressenti ce côté un peu désenchanté, et avais été ému par sa fidélité malgré tout à ses idéaux (mais un peu moins encombrés d’idéologie qu’autrefois). Elle était très heureuse de pouvoir discuter et non pas simplement exécuter un travail de signature. Pas du tout aussi psycho-rigide dans l’échange direct qu’il paraît dans ses anciens livres.

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  11. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    Qu’est ce que ça fait, quand un étudiant de l’université Miskatonic tape au hasard sur son clavier ?
    – Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn !
    (C’était la petite blague du soir, de rien ; Non vraiment)

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  12. Restif
    Restif dit :

    Il faut un clavier spécial! L’alphabet n’est pas du tout le notre, là vous n’avez qu’un vague rendu des phonèmes. Voyez plutôt « *phonétique de la langue enochienne » par -Randolph Carter, « Précis de lexicologie de l’azathotien ancien » et bien sur le monumental « Grammaire, philologie et historique des parlers Grands-anciens » par le professeur N.Thotep. On ajoutera utilement « Les glyphes dans le proto yog sothien » par Abdul al-Hazred. Il existerait une abominable bibliographie établie par un certain NêhoByrthseth. Mais là nous quittons la science pure pour aborder aux rivages du mythe…

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  13. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    Je vais jeter un pavé dans ma propre mare, mais après avoir lu l’essai très enthousiasmant (et enthousiaste) de Michel Houellebecq sur Lovecraft (Cf. supra), je me suis mis à la lecture de l’auteur lui-même dans l’édition Bouquins (supra itou). La lecture des deux premiers récits courts, Dagon et de Nyarlathotep me laisse un peu désarçonné. Le style est quand même très « adolescent ». Cette profusion d’adjectifs… (« C’est dans l’automne brûlant qu’en compagnie de foules agitées je traversai la nuit pour aller voir Nyarlathotep ; à travers la nuit étouffante, le long d’escaliers interminables qui menaient à une salle suffocante. Je vis, projetées sur un écran, des formes encapuchonnées, au milieu des ruines, avec des visages jaunes maléfiques qui guettaient par-delà des monuments effondrés. », etc.) Je vais – une fois de plus ne me fera pas de mal – passer pour un ignare fini, mais j’écrivais ainsi quand j’avais treize ans (mais avec moins d’imagination, me rétorquera-t-on sans doute).
    L’essai de Houellebecq (qui met en parallèle très justement Conan Doyle et Lovecraft) m’a donné envie de lire Conan Doyle. Le premier roman, « une étude en rouge » est antérieur d’une trentaine d’année à Dagon, de Lovecraft. Que l’on me pardonne mais, si Doyle avait moins d’ambition littéraire, il savait mieux écrire. La lecture parallèle des deux auteurs est assez spectaculaire.
    Alors, oui, on aime que Lovecraft en fasse trop. Oui, cette sur-adjectivation (?) est un style en soi… Peut-être. J’attends de lire la suite pour fixer mes idées. Mais je trouve un peu court de dire, comme Michel Houellebecq, « Si le style de Lovecraft est déplorable, on peut gaiement en conclure que le style n’a, en littérature, pas la moindre importance ; et passer à autre chose. »
    Peut-être faut-il aller plus loin, lire les « textes longs », ou certainement les textes postérieurs…
    En feuilletant le volume, je vois que le début du très court Azathoth, s’il est également »adjectivé » m’a l’air très prometteur…

    Répondre
    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Je tiens à vous « rassurer » Draak, Dagon et Nyarlathotep ne font pas partie des chef-d’oeuvre de HPL, plutôt d’essais balbutiants… On ne les prend en considération que parce qu’ils participent de la fondation et de la construction de son univers.
      Ceci étant dit, ne résoud pas la question difficile du style de HPL… La phrase citée de Houellebecq ne peut pas être autre chose qu’une provoc’ et une facilité pour évacuer la question.
      Pour autant, il ne sera jamais dit que HPL pourrait être comparé à Proust dans le domaine du style ou de l’écriture.

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  14. Restif
    Restif dit :

    La valeur du style de Lovecraft… Ma foi, je ne me lancerais pas dans ce type de débat. Lovecraft a le style qu’il faut à ses contes. Mais je vais vous faire une sorte de cadeau cher Draak. Oh, modeste. C’est un texte d’Apollinaire qui m’avait happé l’œil et que je destinais pour quelque débat chez Brumes (qui se porte bien j’espère). Le voilà, vous comprendrez la raison de ma citation.
    « La lecture des romans populaires d’imagination et d’aventures est une occupation poétique du plus haut intérêt. Pour ma part, je m’y suis toujours livré par à-coups,mais complètement, huit, dix jours de suite. Ce sont même, je crois, les seuls livres que j’aie bien lus et j’ai eu le plaisir de rencontrer nombre de bons esprits qui partageaient ce goût avec moi (…) Fantomas est, au point de vue imaginatif, une des œuvres les plus riches qui existent  » (Remplacez « Fantomas » par Lovecraft^^). Apollinaire Œuvres en prose, Tome III, Pléiade, p.215.
    J’ajouterais que je rejoins entièrement Domonkos sur ce qu’il vous dit de Dagon et de Nyarlathotep (seul le nom est génial). Mais lisez « L’abomination de Dunwich », « Le cauchemar d’Insmouth », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Dans l’abîme du temps », « Les montagnes hallucinées » et quelques autres et je crois que vous goûterez, vous aussi, ce plaisir dont parle si bien Apollinaire. C’est tout le mal que je vous souhaite.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Merci à vous deux. Et, oui, vous prêchez un converti : la littérature populaire est de la littérature et, sans doute aucun, un pan important de la culture. C’est dans cet esprit que les pages Lovecraft, Lyman Frank Baum, Arthur Conan Doyle, Jules Verne sont déjà ouverte sur ce site, alors même que Corneille patiente encore. Je continue donc ma lecture parallèle des horreurs cosmiques et de mon opiomane.

      Répondre
  15. Restif
    Restif dit :

    Apollinaire est un poète du début 20eme. Douteux. N’a-t-il pas chanté la guerre et ses atrocités ? : « Ah Dieu ! que la guerre est jolie/ Avec ses chants ses longs loisirs »… Ce nationaliste étroit et borné, engagé volontaire en 14, pue le racisme le plus éhonté (« Elle se mettait sur la paille/ pour un maquereau roux et rose/ C’était un juif il sentait l’ail/ Et l’avait venant de Formose/Tirée d’un bordel de Shanghai « – où l’on voit que sont rigoureusement observés les pires stéréotypes sur le juif paresseux, avide, avec cette obsession de l’érotisme judaïque typique des grands racistes). Enfin ce cocardier antisémite qui n’est pas sans avoir préparé les heures les plus sombres de notre histoire, défendant l »indéfendable, a soutenu l’ultra fasciste Marinetti dans sa rubrique du Mercure de France. Certains le défendront au nom de l’art, au prétexte qu’il aurait écrit. de fort beaux poèmes et des contes tout en finesse et imagination (L »Heresiarque et compagnie notamment). C’est oublier, messieurs les esthètes, vous les dandys dépolitisés, que l’art ne permet pas tout, qu’il ne saurait être le paravent des pensées les plus immondes. Nous restons vigilants,: l’art ne sera pas le cache sexe du néo-nazisme ni le réparateur de pucelage des traîtres et de tout ceux qui ont failli aux Principes Républicains et Humanistes, tout ces valets de l’obscurantisme qui ont tenté de couvrir de boue les immortels Droits de l’Homme !

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Ah ah… Ceux qui ne vous connaissent pas ou ne suivent pas en parallèle vos interventions sur le site de Brumes vous liront au premier degré.
      Sur le sujet très sérieux de la pollution de l’art par la morale (pour faire court), j’attire votre attention sur mon intervention/rapport du 17 février dernier sur la page :
      http://propagerlefeu.fr/les-classiques/
      Il y a danger. Tout comme on peut rire du créationnisme jusqu’au moment où ils censurent l’enseignement.

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  16. Domonkos Szenes
    Domonkos Szenes dit :

    Bon, allez, je vais y aller de mon petit blasphème (une de mes spécialités) qui me vaudra certainement la haine et l’opprobre de la part des deux sectes : quand je lis ces lignes fameuses, « Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible », il m’arrive d’être incertain de ma destination… Est-ce que je m’embarque pour la traversée d’Aurelia ou bien pour la Quête onirique de Kaddath l’Inconnue ? Dans mon propre imaginaire les deux ne sont guère séparés.

    Il me semble que le rapprochement n’est pas interdit entre ces deux refus de la séparation du monde du réel et de celui du rêve.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      « Je me perdis plusieurs fois dans les longs corridors, et, en traversant une des galeries centrales, je fus frappé d’un spectacle étrange. Un être d’une grandeur démesurée — homme ou femme, je ne sais, — voltigeait péniblement au-dessus de l’espace et semblait se débattre parmi des nuages épais. Manquant d’haleine et de force, il tomba enfin au milieu de la cour obscure, accrochant et froissant ses ailes le long des toits et des balustres. Je pus le contempler un instant. Il était coloré de teintes vermeilles, et ses ailes brillaient de mille reflets changeants. Vêtu d’une robe longue à plis antiques, il ressemblait à l’Ange de la Mélancolie d’Albrecht Dürer. — Je ne pus m’empêcher de pousser des cris d’effroi, qui me réveillèrent en sursaut. »

      Ah, oui, en effet.

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