Michel de Montaigne (XVIeme siècle ; souvent cité comme « Montaigne ») est l’auteur d’une oeuvre importante et novatrice, Les Essais, censés n’être rien d’autre que la peinture de lui-même. Il y travaillera pendant vingt ans.

L’avertissement au lecteur annonce le projet de Montaigne. Dès les premiers mots, le style et l’humour de l’auteur emportent :

« C’est icy un Livre de bonne foy, Lecteur. Il t’advertit dès l’entrée, que je ne m’y suis proposé aucune fin, que domestique et privée : je n’y ay eu nulle considération de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d’un tel dessein.  (…) Si c’eust été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntées. Je veux qu’on m’y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c’est moy que je peins. (…) Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n’est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu, donq. De Montaigne, ce premier de Mars mil cinq cens quatre vingt. »

(extrait repris de l’édition Pléiade)

Pour comprendre les éditions actuelles des Essais, il faut se pencher un peu sur leur histoire éditoriale. La chronologie suivante peut être retenue  :

  • La première édition date de 1580. Elle ne comporte que deux livres.
  • Editions intermédiaires qui corrigent les erreurs des précédentes (1582, 1587)
  • L’édition de 1588 est la première qui comporte trois livres (les deux premiers livres font aussi l’objet d’additions importantes). C’est la dernière édition publiée du vivant de l’auteur.
  • « L’exemplaire de Bordeaux » est un exemplaire de 1588, copieusement annoté par Montaigne (un tiers d’ajouts manuscrits). L’objet était de fournir un exemplaire corrigé à l’éditeur. Pourtant l’édition de 1595 (Cf. ci-dessous) est basée sur un autre exemplaire manuscrit (perdu – « L’Exemplar »). L’exemplaire de Bordeaux fut rogné lors d’une reliure, ce qui fit disparaître partiellement certains ajouts.
  • (Pour mémoire : 1592 : Mort de Michel de Montaigne)
  • Dès 1593, paraissent des contrefaçons
  • 1595, parution d’une édition posthume préparée avec l’aide de Mme de Montaigne et Mle de Gournay (« édition L’Angelier », ou « édition posthume »), d’après un exemplaire annoté perdu (appelé « L’Exemplar», et qui n’est pas l’exemplaire de Bordeaux). Cette parution comporte plus de trois mille modifications par rapport à l’édition de 1588. Cette édition est considérée comme l’une des éditions définitives canoniques.
  • Editions postérieures (1598, 1635…) qui s’éloignent du texte attesté de Montaigne. L’édition de 1635 est la dernière donnée du vivant de Mle de Gournay.

Les éditions modernes se basent soit sur l’exemplaire de Bordeaux soit sur l’édition de 1595. Les mérites respectifs de ces éditions sont discutés sans solution incontestable. L’édition de Bordeaux est le dernier exemplaire de la main de Montaigne ; mais il peut être aussi perçu comme une copie abandonnée au profit de l’Exemplar pour l’établissement de l’édition de 1595. L’édition de 1595 est par ailleurs indispensable pour compléter les parties rognées de l’exemplaire de Bordeaux. Mais l’exemplaire de 1595 peut aussi être considéré comme un texte apocryphe à la fiabilité douteuse.

Edition(s) de référence :

  • Les Essais, Bibliothèque de La Pléiade, édition établie par Jean Balsamo, Michel Magnien et Catherine Magnien-Simonin, 2008 (2080 pages)

L’édition est basée sur le texte de 1595.

Notable : le texte est en français d’époque, très peu modernisé. La ponctuation est d’époque, ainsi que le vocabulaire et l’orthographe.

La lecture a un charme fou mais reste un peu rude ; il faut prendre son temps et avoir un minimum de volonté, d’autant que le style de Montaigne ne ménage pas toujours le lecteur.

Dernière édition : 2007 ; deux éditions plus anciennes : 1963 et 1934 (annoncées à 1134 pages ?)

environ 80 €

Pour qui souhaite découvrir Montaigne dans un français modernisé, ou lever des problèmes de compréhension qui ne manquent pas de se poser avec l’édition Pléiade, je propose les éditions suivantes :

  • Les Essais, édition Robert Laffont/Mollat, collection Bouquins, nouvelle édition établie par Bernard Combeaud, préface de Michel Onfray, 2019 (1124 pages)

Préface intéressante de Michel Onfray, qui arriverait presque à nous convaincre que Michel de Montaigne était féministe.

Michel Onfray rappelle 13 « découvertes » philosophiques de Montaigne : Montaigne invente la laïcisation de la pensée, la méthode introspective, le sujet moderne, la philosophie expérimentale, le relativisme culturel, l’homme nu, la sobriété heureuse, la religion rationnelle, l’antispécisme, le féminisme, l’amitié postchrétienne, la pédagogie, le corps postchrétien.

Chacun de ces points est vu en une ou deux pages.

Bernard Combeau présente les principes qui ont présidé à l’édition (basée sur le texte de 1595).

Dans le corps du texte : les citations latines de Montaigne sont préalablement traduites en français et sourcées en bas de page.

25 pages de notes additionnelles en fin de volume font le point sur la nature de chaque essai.

  • Les Essais, Quarto Galimard, adaptation en français moderne par André Lanly, 2009 (1351 pages)

Le strict minimum du point de vue éditorial (au-delà du travail de transposition en français moderne) : pas de préface, pas de présentation. On entre directement dans le texte. Une simple table des matières des différents essais en fin de volume.

C’est donc une édition pour le grand public. Gallimard fait donc un grand écart intéressant en proposant l’édition Pléiade et cette édition Quarto.

Pour information, bien que rien ne le précise, cette édition est basée sur l’exemplaire de Bordeaux.

Le papier et la police de caractères sont agréables (ça a son importance…)

Un intervenant que je remercie, Bruno le grec, m’a signalé :

  • Edition Villey-Saulnier, aux Presses Universitaires de France, collection Quadrige.

Incontestablement une édition sérieuse, basée sur le texte de l’exemplaire de Bordeaux.

Comprend un chapitre sur la vie et l’œuvre de Montaigne ; une chronologie sommaire (dont : chronologie de la composition des Essais et des lectures de Montaigne) ; un catalogue des livres de sa bibliothèque ; la liste des sentences inscrites sur les travées de sa librairie et un index très pratique.

  • Alors, Montaigne en français moderne, c’est Bouquins ou Quarto ? Ou faut-il préférer La Pléiade ? Ou l’édition PUF Quadrige ?

Pour les trois premiers choix : Voir mon intervention du 19 septembre 2020 : vous aurez tous les critères pour vous décider !

Pour l’édition PUF Quadrige comparée aux autres  : Voir intervention du 19 novembre 2020.

Livre(s) ou ressource(s) recommandable(s) :

  • Donald Frame, Montaigne, une vie, une œuvre, Classiques Garnier, 2018

…est la meilleure biographie de Montaigne. C’est d’ailleurs ce qu’indique le bandeau du livre, et on veut bien le croire. 17 chapitres étudient chacun un thème particulier, dans l’ordre chronologique. Toute assertion est sourcée. Il y a une bibliographie, un index utile et une table des illustrations (qui sont très bonnes).

…Mais la question est alors : Faut-il vraiment lire la biographie d’un auteur qui a passé vingt années de sa vie à décrire la moindre de ses pensées, et jusqu’à la manière dont il défèque ?

Si les Essais ne sont pas une biographie en tant que telle (la succession éclairée d’événements chronologiques), la « vraie » biographie de Donald Frame n’apporte pas beaucoup plus : beaucoup de lecture pour un profit limité.

Soit il s’agit d’éléments fort connus (le réveil en douceur au son des musiciens, les premières années en latin…) ; soit il s’agit d’éléments anecdotiques (les frères et sœurs…) ; soit il s’agit de la recension de ce qui est écrit dans les Essais. Sur ce dernier point, très bien fait par ailleurs, d’autres supports me paraissent plus adaptés (Cf. le Dictionnaire Montaigne, ci-dessous), soit j’aurais préféré un plus grand recul par rapport à ce que nous en dit Montaigne (dans quelle mesure peut-on lui faire confiance ?)

Sur le plan de l’événementiel (les actes de Montaigne), j’ai trouvé que la contextualisation aurait pu être meilleure (l’état de la France, les guerres de religion…) Par ailleurs, avant la lecture, je me posais un certain nombre de questions qui n’ont pas trouvé leur réponse.

Certaines de ces interrogations avaient sans doute une légitimité limitée (la relation de Montaigne avec La Boétie était-elle de nature homosexuelle ? Donald Frame évacue le sujet dans une courte note de fin de chapitre ; mais l’on peut comprendre qu’il considère que ce n’est pas un sujet).

D’autres étaient plus fondées : Qu’est-ce qui justifie l’importance du rôle d’intermédiaire de Montaigne, par ailleurs gentilhomme campagnard assez éloigné de la Cour de Paris ? Ou inversement, quelles sont ses relations avec ladite Cour ? Quels sont les livres de sa bibliothèque ? Quelles sont les citations inscrites sur les poutres de sa bibliothèque ? etc.

Enfin, un dernier reproche : la traduction est émaillée de nombreuses coquilles. Fautes (« prétantion »), mots manquants (« l’art [par] lequel »), phrases incomplètes, fautes de frappes (« sin éloquence »), mot pour un autre (« autre/auteur »)… Cette biographie aurait certainement mérité une relecture plus rigoureuse. J’ai souri, page 222, en lisant la citation de Montaigne, « A la vérité ceci est semé tout par tout de tant de fautes qu’on i desaprent plus qu’on i aprent »

Soyons honnête : On peut être indulgent pour une première édition d’un livre de 500 pages et ces fautes ne gênent pas la compréhension. Seul le traducteur du chapitre 5 mériterait une fessée. Les exemples ci-dessus en sont tirés. Le traducteur n’a pas  l’air de savoir que « foi religieuse » s’écrit « F-O-I », ce qui nous vaut des phrases comme :

« Il a bien médité son opposition au protestantisme. Subordonnant imprudemment les œuvres à la fois, rejetant l’autorité de l’Eglise comme unique interprète de l’Ecriture (…) »

ou comme : « Il est reconnaissant d’avoir été libéré de l’anxiété parce que les lois lui ont donné un maître, et Dieu une fois fondée sur « l’éternelle base de la Saincte Parolle » »

La biographie est meilleure que ma recension le laisse penser. Il n’y a peut-être simplement pas suffisamment de matière pour lever les interrogations biographiques, au-delà de ce qui est inclus dans les Essais eux-mêmes.

  • Le dictionnaire Montaigne, sous la direction de Philippe Desan, Classiques Garnier, 2018 (2014 pages, 49 €)

…Est par contre une formidable ressource pour qui veut connaître Montaigne. Je cite la 4ème de couverture :

« Ce dictionnaire est un accès direct aux aspects essentiels de Montaigne et de son oeuvre. Par le biais de 749 entrées entrées et de nombreux renvois intertextuels, plus de 120 spécialistes mondiaux opèrent des incursions dans la biographie de Montaigne, l’histoire éditoriale et la réception des Essais, et en livrent les concepts-clés. Bien plus qu’une somme des études montaignistes, ce dictionnaire conjugue lectures particulières et recherches érudites. De quoi établir le fondement nécessaire pour toute interprétation de Montaigne. »

La lecture des articles de ce dictionnaire est passionnante.

  • Stefan Sweig (excusez du peu) a écrit vers la fin de sa vie une petite biographie de Montaigne, idéale pour qui veut comprendre rapidement l’homme et son oeuvre.

Le livre est un format court: Tout ne peut être dit. L’amitié de Montaigne avec Etienne de la Boëtie est simplement citée, par exemple. Mais les éléments biographiques principaux sont présents et ce qui fait « l’essence » de Montaigne, son actualité toujours présente, est parfaitement restitué.

(photo : édition de la Librairie Générale Française (LGF), collection Le livre de poche, 138 pages, avril 2019 ; introduction de 29 pages par Olivier Philipponnat. 6,70 €, pourquoi se priver ?)

A vous de jouer maintenant !

Pour mémoire, l’édition citée est suivie de la mention [par défaut] qui apparaît s’il n’y a pas encore eu de discussion sur le sujet.

En commentaires, libre à vous de :

  • discuter des mérites et défauts des différentes éditions
  • de la place de l’auteur ou de l’oeuvre dans la culture de son temps
  • de l’importance de l’auteur ou de l’oeuvre pour un lecteur contemporain
  • de ce qu’il représente pour vous
  • des livres ou autres sources très recommandables pour comprendre l’auteur / l’oeuvre / son influence
5 réponses
  1. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    En lisant « Shakespeare ou la lumière des ombres », d’Eugène Green (par ailleurs tout à fait recommandable), j’apprends que Montaigne se prononce « Montagne » (comme Philippe de Champaigne se prononce « de Champagne »). Eugène Green, cite plusieurs fois le nom de « Montagne » dans son essai (ainsi l’écrit-il). A la première occurrence, je me suis contenté de corriger au stylo en ajoutant un « i ». Mais à la seconde, j’ai compris qu’il y avait là-dessous un mystère que j’ignorais.
    Voir la discussion intéressante sur la page :
    http://www.languefrancaise.net/forum/viewtopic.php?id=11541
    …où l’on parle aussi de la prononciation d’Etienne de la Boëtie.

    Répondre
  2. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    Afin de clarifier les différences entre les éditions, je prends pour exemple, et complètement au hasard, le début du chapitre III de la première partie.

    Ci-après les propositions des trois éditions :
    – La Pléiade – Jean Balsamo
    – Bouquins – Bernard Combeaud
    – Quarto – André Lanly

    Je découpe artificiellement ce début de chapitre en trois passages, ce qui permet de faciliter les comparaisons. Je commente ensuite. Les passages se suivent normalement, sans constituer de paragraphes distincts. Dans les éditions Quarto et Gallimard, celles qui sont modernisées, le troisième passage commence un nouveau paragraphe.

    *******************************************************************************************
    PREMIER PASSAGE

    Edition La Pléiade – Gallimard

    Nos affections s’emportent au delà de nous.

    CHAPITRE III

    Ceux qui accusent les hommes d’aller toujours beant après (*) les choses futures, et nous apprennent à nous saisir des biens presens, et nous rassoir en ceux-là : comme n’ayants aucune prise sur ce qui est à venir, voire assez moins que nous n’avons sur ce qui s’est passé, touchent la plus commune des humaines erreurs : s’ils osent appeler erreur, chose à quoy nature mesme nous achemine, pour le service de la continuation de son ouvrage, nous imprimant comme assez d’autres, cette imagination fausse, plus jalouse de nostre action, que de nostre science (**).
    (*) en note : obnubilés par
    (**) en note : [nature] plus soucieuse de nous pousser à l’action qu’à l’acquisition de savoir.

    Collection Bouquins – Robert Laffont

    Nos affections s’emportent au-delà de nous.

    [Chapitre III]

    Ceux qui accusent les hommes d’aller toujours béant après les choses futures et nous apprennent à nous saisir des biens présents et nous rasseoir en eux parce qu’ils considèrent que nous n’avons aucune prise sur ce qui est à venir, et même bien moins que nous n’en avons sur ce qui est passé, touchent à la plus commune des erreurs humaines, si l’on ose appeler erreur une chose à quoi Nature même nous achemine pour que nous servions à la continuation [de] son ouvrage en nous imprimant, comme bien d’autres, cette idée fausse, plus jalouse de notre action que de notre science.

    Collection Quarto – Gallimard

    Chapitre III

    NOS DESIRS [ET NOS SENTIMENTS] S’ETENDENT AU-DELA DE NOUS.

    Ceux qui blâment les hommes d’être toujours à désirer les choses futures et nous apprennent à nous saisir des biens présents et à nous arrêter à leur possession, en considérant que nous n’avons aucune prise sur ce qui est à venir (et même bien moins que nous n’en avons sur ce qui est passé), mettent le doigt sur la plus commune des erreurs humaines, s’ils osent appeler erreur une chose à laquelle la nature elle-même nous achemine pour le service de la continuation de son œuvre en nous inspirant, plus soucieuse de notre action que de notre science, cette pensée trompeuse et beaucoup d’autres aussi.

    *******************************************************************************************
    DEUXIEME PASSAGE

    Edition La Pléiade – Gallimard

    Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes tousjours au delà. La crainte, le desir, l’esperance, nous eslancent vers l’advenir : et nous desrobent le sentiment et la consideration de ce qui est, pour nous amuser à ce qui sera , voire quand nous ne serons plus. Calamitosus est animus futurus anxius (*).
    (*) en note : « Bien misérable est l’esprit obsédé du futur ».

    Collection Bouquins – Robert Laffont

    Nous ne sommes jamais chez nous ; nous sommes toujours au-delà : la crainte, le désir, l’espérance nous élancent vers l’avenir et nous dérobent le sentiment et la considération de ce qui est pour nous amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus. Bien misérable est l’esprit affligé du futur calamitosus est futuri anxius. (*)
    (*) en note : Virgile, Enéide III, 306-310

    Collection Quarto – Gallimard

    Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes au-delà. La crainte, le désir, l’espérance nous lancent vers l’avenir et nous dérobent le sentiment et la considération de ce qui est pour nous amuser avec ce qui sera, même quand nous ne serons plus. Calamitosus est animus futuri anxius( (*) [Un esprit soucieux de l’avenir est malheureux.]
    (*) en note : Sénèque, Lettres à Lucillus, XCVIII.

    *******************************************************************************************
    TROISIEME PASSAGE

    Edition La Pléiade – Gallimard

    Ce grand precepte est souvent allegué en Platon, Fay ton faict, et te cognoy. Chascun de ces deux membres enveloppe generallement tout nostre devoir : et semblablement enveloppe son compagnon. Qui auroit à faire son faict, verroit que sa premiere leçon, c’est cognoistre ce qu’il est, et ce qui luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l’estranger faict pour le sien : s’ayme, et se cultive avant toute autre chose : refuse les occupations superflues, et les pensées, et propositions inutiles. Comme la folie quand on luy octroyera ce qu’elle desire, ne sera pas contente : aussi est la sagesse contente de ce qui est present, ne se desplait jamais de soy. Epicurus dispense son sage de la prevoyance et du soucy de l’advenir.

    Collection Bouquins – Robert Laffont

    Ce grand précepte est souvent allégué dans Platon : « Fais ton fait, et connais-toi. » Chacun de ces deux membres enveloppe globalement tout notre devoir, et semblablement enveloppe son compagnon. Qui aurait à faire son fait verrait que sa première leçon, c’est de connaître ce qu’il est et ce qui lui est propre. Et qui se connaît ne prend plus l’étranger pour le sien : il s’aime et se cultive avant toute autre chose, refuse les occupations superflues comme les pensées et les propositions inutiles. Tout comme la folie, quand bien même on lui octroiera ce qu’elle désire, ne sera jamais contente, de même la sagesse se contente de ce qui est présent et ne se déplaît jamais de soi (*). Epicure dispense son sage de la prévoyance et du souci de l’avenir.
    (*) en note : Sénèque, Lettres à Lucilius, XCVIII

    Collection Quarto – Gallimard

    Chez Platon est souvent cité ce grand précepte : « Fais ce qui te concerne et connais-toi (*). » Chacune de ces deux parties englobe l’ensemble de notre devoir et semblablement englobe sa compagne. Qui aurait à faire ce qui le concerne verrait que sa première leçon c’est de connaître ce qu’il est et ce qui lui est propre. Et qui se connaît ne prend plus pour sien ce qui concerne autrui : il s’aime plus que toute autre chose et se donne tous ses soins ; il refuse les occupations superflues et les pensées et jugements inutiles. « Ut stultiia et si adepta est quod concupivit nunquam se tamen satis consecutam putat : sic sapientia semper eo contenta est quod adest, neque eam unquam sui paenitet (**) » (« Comme la folie, quand on lui octroiera ce qu’elle désire, ne sera pas contente, aussi est la sagesse contente de ce qui est présent, ne se desplait jamais de soy. ») Epicure dispense son sage de la prévoyance et de l’inquiétude de l’avenir. (***)
    (*) en note : Précepte extrait du Timée (trad. Ficin).
    (**) en note : Cicéron, Tusculanes, V, 18. La traduction qui suit est donnée par l’édition des Essais qui date de 1595.
    (***) Ibid.

    Commentaires :

    La Pléiade est donc l’édition « radicale ». A peu de chose près : vocabulaire d’époque, ponctuation d’époque, accentuation d’époque, mise en page d’époque. Le résultat a beaucoup de charme, mais demande de l’attention, ce qui est peut-être difficile à soutenir sur près de 1200 pages (hors notes). Surtout, la ponctuation assez erratique pour nos yeux de modernes ne permet pas de repérer facilement la logique de la pensée (comme le fait la ponctuation contemporaine).

    L’édition Bouquins : modernise essentiellement l’accentuation et la ponctuation. Pour le reste, la transposition est fidèle à l’original sans être particulièrement explicative.
    Sur le premier passage : sont explicatifs « parce qu’ils considèrent », « pour que nous servions » (au lieu de « pour le service de ») et la substitution de « imagination fausse » par « idée fausse ». Pas de chance, sans doute, je suis tombé sur une coquille : Le [de] entre crochets est manquant dans l’édition.
    Sur le second passage, on voit tout à fait l’esprit de fidélité de la transposition. Le vocabulaire est le même et les expressions restent telles quelles. C’est assez visible dans l’expression « pour nous amuser à ce qui sera » qui aurait pu être modifiée en « pour nous amuser de ce qui sera » (mais non).
    La citation latine est précédée de sa traduction. Le tout en police de caractères plus petite.
    La note attribue cette citation à Virgile, alors que les autres éditions l’attribuent plus justement à Sénèque ! Je vérifie dans mes Belles Lettres, Virgile, l’Eneide, III, 306-310 : « Dès qu’elle me vite approcher et que, tout égarée, elle eut reconnu autour d’elle les armes de Troie, épouvantée d’un si grand prodige, à cette vue elle se figea, la chaleur de la vie abandonna ses os, elle défaille, enfin à grand peine, après un long moment, elle parle : « Me viens-tu sous un visage vrai, en messager vrai, fils d’un déesse ? »
    Rien à voir, donc. Une coquille et une fausse référence dans un tout petit passage sélectionné au hasard…
    Dans le troisième passage : Mêmes constatations. Le vocabulaire et les expressions sont inchangées.
    La note renvoie à Sénèque alors que Sénèque concernait la citation latine du second passage. L’expression citée est de Cicéron.

    L’édition Bouquins présente donc une coquille et deux fausses références. J’ose croire qu’il s’agit d’une mauvaise pioche dans mon choix d’extrait et que le reste n’est pas de cet acabit.


    L’édition Quarto : On voit immédiatement, et en particulier sur le premier passage, que la traduction est plus explicative. Au-delà de la modernisation proposée chez Bouquins, on sent que l’édition Quarto a voulu présenter un texte accessible, quitte à certainement perdre du charme de l’original.
    Sur le second passage, on perd le « toujours », et le « élancent » n’est pas très heureusement remplacé par « lancent ».
    L’expression « pour nous amuser à ce qui sera » que j’avais notée ci-dessus a été remplacée par « pour nous amuser avec ce qui sera ».
    Le troisième passage propose une citation latine absente ailleurs, dont il faut supposer qu’elle était dans l’exemplaire de Bordeaux mais a été retirée ensuite dans l’édition de 1595. Cette citation latine de Cicéron est étrangement traduite… En français d’époque, et non en français modernisé.

    Vous avez maintenant quelques critères pour choisir votre édition.

    Je vous fais part de mon choix : Après avoir penché dans un premier temps pour l’édition Bouquins, qui conserve mieux le charme du texte de Montaigne tout en le modernisant très subtilement, ma réflexion est la suivante : Ai-je plus de mal à comprendre « Qui auroit à faire son faict, verroit que sa premiere leçon, c’est cognoistre ce qu’il est (…) » que « Qui aurait à faire son fait verrait que sa première leçon, c’est de connaître ce qu’il est (…) » ? Pas vraiment. Après un tout petit temps d’adaptation, l’ancien français ne pose plus de difficulté de lecture en tant que telle (et cette graphie a beaucoup de charme ; on sent plus l’homme de la Renaissance qui nous parle). Et si certains passages en Pléiade posent des difficultés de compréhension du sens (exemple : que veut dire « se rassoir en ceux-là » ?), ce n’est pas l’édition Bouquins, trop fidèle au texte, qui m’apportera la réponse, mais l’édition Quarto (« se rassoir en ceux-là » signifie « nous arrêter à leur possession »).
    Je choisis donc de prendre mon courage à deux mains et de profiter du charme de l’ancien français en édition Pléiade. En cas de difficulté sur le sens, je sais que je peux préférentiellement me reporter au Quarto d’André Lanly qui est le plus susceptible de m’apporter un éclairage.

    Répondre
  3. Bruno le grec
    Bruno le grec dit :

    Vous avez aussi chez PUF (Quadrige) l’édition complète des essais qui reprend l’édition Villey-Saulnier qui n’est pas mal du tout (avec les annotations et le sens des mots et expressions difficiles. Avec une préface de Marcel Conche donc assez philosophique).
    Mais en effet l’édition de la Pléiade est correcte même si parfois il manque de notes sur des expressions anciennes pas évidentes (que l’on peut trouver chez Quadrige).

    Répondre
  4. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    Merci Bruno (le grec). Je me suis procuré cet épais volume dans sa version de 2004.

    Si je reprends les mêmes passages que lors de mon intervention du 19 septembre 2020, voici ce que cela donne dans l’édition PUF Quadrige :

    ******************************************************
    PREMIER PASSAGE

    CHAPITRE III

    [avant le texte figure une note sur la date de composition et les sources et lectures de M. ; dans le texte même figure les lettres A, B, ou C entre crochets, qui indiquent l’exemplaire où figure le texte, 1580, 1588 ou texte postérieur]

    NOS AFFECTIONS* S’EMPORTENT AU DELA DE NOUS

    [B] Ceux qui accusent les hommes d’aller tousjours béant après les choses futures, et nous aprennent à nous saisir des biens presens, et nous rassoir en ceux-là, comme n’ayant aucune prise sur ce qui est à venir, voire assez moins que nous n’avons sur ce qui est passé, touchent la plus commune des humaines erreurs, s’ils osent appeler erreur chose à quoy nature mesme nous achemine, pour le service de la continuité de son ouvrage, [C] nous imprimant, comme assez d’autres, cette imagination fausse, plus jalouse de nostre action que de nostre science. [B]

    (*) en note : Sentiments

    ******************************************************

    DEUXIEME PASSAGE

    [B] Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujsours au delà. La crainte, le desir, l’esperance nous eslancent vers l’advenir, et nous desrobent le sentiment et la consideration de ce qui est, pour amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus. [C] « Calamitosus est animus futuri anxius. »*

    (*) en note : « Un esprit soucieux de l’avenir est malheureux » (Sén. Ep, XCVIII).

    ******************************************************

    TROISIEME PASSAGE

    Ce grand precepte est souvent allegué en Platon : Fay ton faict et te cognoy. Chascun de ces membres en veloppe generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son compagnon. Qui auroit à faire son faict, verroit que sa premiere leçon, c’est cognoistre ce qu’il est et ce qui luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l’estranger faict pour le sien : s’ayme et se cultive avant toute autre chose : refuse les occupations superflues et les pensées et propositions* inutiles. « Ut stultitia etsi adepta est quod concupivit nunquam se tamen satis consecutam putat : sic sapientia semper eo contenta est quod adest, neque eam unquam sui poenitet. » **

    (*) en note : Projets, desseins
    (**) en note : « Comme la folie, quand on luy octroyera ce qu’elle désire, ne sera pas contente, aussi est la sagesse contente de ce qui est présent, ne se desplait jamais de soy. » (Cic. Tust., V, XVIII. – Traduction donnée par l’édition des Essais de 1595 qui la substitue au texte latin).

    Commentaires :
    Le texte non modernisé est presque identique à celui de la Pléiade au moins sur ces passages sélectionnés. Les explications d’expressions sont différentes en Pléiade dans le premier passage. Villey-Saulnier explique « affections = sentiments » tandis que la Pléiade explicite le « aller toujours béant » et « plus jalouse de nostre action, que de nostre science », toutes explications qui me paraissent utiles.
    Dans le second passage, il manque un « nous » (amuser de ce qui sera).

    Cette édition PUF Quadrige me semble remarquable ; j’aurais pu la choisir si je n’avais commencé ma lecture en Pléiade.

    Répondre
  5. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    ** Lecture de Montaigne **

    Ce qui frappe immédiatement à la lecture de Montaigne, dès son avis au Lecteur : une modestie dépréciative (et amusante), une spectaculaire lucidité, un style absolument personnel. Les Essais méritent à n’en pas douter une lecture très attentive, à laquelle je compte m’atteler dans l’édition Bibliothèque de la Pléiade (mais l’édition PUF Quadrige était aussi tentante).

    Dans mes interventions à venir : les résumés des chapitres (cela à seule fin de m’assurer que je ne les lis pas trop superficiellement), quelques notes culturelles (tirées des notes de l’édition Pléiade), quelques citations et une recension des expressions marquantes si savoureuses de Montaigne. Je ne serai pas le premier à lire les Essais un crayon à la main ; je ne serai pas le dernier. Ces notes ne sont que pour moi. Je les partage ici à titre de sauvegarde personnelle et au cas où quelqu’un y trouverait à piocher. J’ai procédé ainsi pour les méthodes de Sherlock Holmes chez Conan Doyle et cela n’a pas été inutile (à moi-même, pour commencer). Ce sera une manière comme une autre de m’immerger dans le texte, de m’en « infuser ».

    Et pour commencer :

    L’adresse au lecteur :

    Résumé : Ne perds pas ton temps à lire ce livre !

    • C’est icy un Livre de bonne foy : Ici, cela veut dire qu’ailleurs il est des livres de mauvaise foi. Un livre de bonne foi n’existe pas ; c’est l’auteur qui est de bonne foi.
    • En fait, le livre n’est pas de « bonne foy » car M. dit qu’il est « voué à la commodité de [s]es parens et amis » ; ce qui n’est bien sûr pas vrai. (Mais : C’était en effet l’objectif initial).
    • Trilogie d’adjectifs : « ma façon simple, naturelle et ordinaire »
    • Modestie : « Mes forces ne sont pas capables d’un tel dessein. »
    • Modestie : « Mes défauts s’y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve »
    • Modestie : « Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n’est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. »
    • Cette dernière phrase inspirée de Martial : « Si tu veux mal employer tes bonnes heures et si tu prétends perdre ton temps de loisir »
    • Cette protestation d’incapacité est une posture que la rhétorique latine appelait « recusatio ».

    Expressions :
    • « la commodité particuliere de mes parens et amis »
    • se parer de beautés empruntées
    • se lire au vif
    • la douce liberté des premières lois de la nature
    • ce n’est pas raison que tu…
    • un sujet si frivole et si vain

    I-1 – Par divers moyens on arrive à pareille fin

    Résumé : On peut émouvoir son vainqueur ou l’impressionner par son courage. Des causes contraires produisent donc des effets similaires. « Certes, c’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant, que l’homme : il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme. »

    • Ces anecdotes commentées, héritage de l’antiquité, sont reprises par l’humanisme sous le nom de diverses leçons
    • Chez les grecs et les Romains, les élèves pratiquaient un exercice de rhétorique, la chrie : commentaire d’une sentence ou d’un fait mémorable en utilisant des lieux communs, des citations ou des exemples.
    • « Certes, c’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant, que l’homme : il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme. »
    • (« merveilleusement vain » est-il un oxymore / ou la vanité est-elle une qualité ?) / non, vu P. 45, B : merveilleusement veut dire « extrêmement ».
    • trilogie : « la braverie, la constance, et la resolution »
    • Modestie : « j’ay une merveilleuse lascheté vers la misericorde et mansuetude. »

    Expressions :
    • amollir les coeurs
    • avoir la vengeance en main
    • reboucher la pointe de sa colère
    • le fouettant tresignominieusemnet
    • avoir le courage toujours constant sans se perdre
    • félonnes paroles et « contumelieuses » (= méchantes et injurieuses)
    • consoler sa mort en la mort de quelque ennemi
    • la dernière goutte de sang épandable

    I-2 – De la tristesse

    Résumé : M. n’aime ni n’estime la tristesse. Elle surgit parfois par un trop plein d’événements malheureux (dont le dernier est parfois anecdotique). La tristesse véritable ne peut s’exprimer. Un plaisir inespéré nous étonne de même.

    • Diriguisse malis = avoir été pétrifié de malice
    • histoire d’Agammemnon, représenté visage couvert lors du sacrifice d’Iphigénie
    • « Chi puo dir com’egli arde è in picciol fuoco » (qui peut dire comme il brûle est dans un petit feu) (Pétrarque)
    • « Toutes passions qui se laissent gouster et digerer ne sont que mediocres »
    • « J’ai l’appréhension (= la sensibilité) naturellement dure ; et l’encrouste et espessis tous les jours par discours (= par la réflexion) »

    Expresssions :
    • sot et vilain ornement
    • La passion de la tristesse
    • plein et comblé de tristesse
    • briser les barrières de la patience
    • au giron de la jouissance

    I-3 – Nos affections s’emportent au delà de nous

    Résumé : Nous sommes trop obsédé par les choses futures au détriment des choses présentes. L’action est trop privilégiée par rapport à l’être. Les souverains morts ont encore une puissance d’agir par le souci que l’on a d’eux.

    • (à propos du souci du futur) « Nous ne sommes jamais chez nous, nous sommes toujours au delà »
    • Trilogie : « la crainte, le desir, l’esperance nous élancent vers l’advenir »
    • « bien misérable est l’esprit obsédé des choses futures »
    • (…) La folie, quand on luy octroyera ce qu’elle desire, ne sera pas contente : aussi est la sagesse contente de ce qui est present, ne se desplait jamais de soy. »
    • Mot de Solon « Nul avant mourir ne peut être dit heureux (…) Jamais homme n’est donc heureux, puisqu’il ne l’est qu’après qu’il n’est plus » ; note : mot repris par Hérodote, commenté par Aristote.
    • J’avais noté dans Jacqueline de Romilly : « gardons nous d’appeler jamais un homme heureux, avant qu’il ait franchi le terme de sa vie, sans avoir subi un chagrin » (le choeur dans Oedipe roi, Sophocle – à rapprocher d’Hérodote)
    • (En n’étant pas dans le présent) : « Pendant que nous nous remuons, nous nous portons où il nous plaist : mais estant hors de l’estre nous n’avons aucune communication avec ce qui est. »
    • Sur l’organisation des funérailles (p. 43) : « Totus hic locus est contemnendus in nobis, non negligendus in nostris » / « Il faut mépriser ce soin pour nous-mêmes et le prendre pour les nôtres. »
    • Quaeris, quo iaceas, post obitum, loco? Quo non nata iacent. = Tu t’enquiers du lieu où tu reposeras après ta mort ? Là où ce qui n’est pas encore né repose. (p. 44)
    • Neque sepulcrum, quo recipiat, habeat portum corporis : Vbi, remissa humana uita, corpus requiescat à malis = Qu’il ne trouve pour havre de son corps aucun sépulcre, où ayant abandonné la vie humaine, son corps se reposerait de ses maux. (p.45)

    Expressions :
    • aller toujours béant après les choses futures
    • Aristote, qui remue toutes choses, s’enquiert sur… »
    • On peine à se déraciner de la vie (c’est une citation)
    • tomber de l’eau (= uriner)
    • Les parties qu’on a coutume de tenir cachées
    • avoir la bouche effrontée
    • une vanité si persévérante

    I-4 – Comme l’ame descharge ses passions sur des objects faux, quand les vrais luy defaillent.

    Résumé : On reproche nos maux aux mauvaises causes

    • « De même que le vent perd ses forces, en se dissipant dans le vide de l’espace, si d’épaisses forêts ne lui font obstacle. » (trad. de citation latine) De mesme il semble que l’ame esbranlée et esmeue se perde en soy-mesme, si on ne luy donne prinse.
    • Point ne se faut courroucer aux affaires, il ne leur chaut de toutes nos colères.
    • Pointe finale : M., contre ses propres conseils, s’en prend au dérèglement de son esprit.

    I-5 – Si le chef d’une place assiégée doit sortir pour parlementer.

    Résumé : La vraie victoire s’obtient sans ruse (pour les romains), mais pour Montaigne, un peu de ruse ne nuit pas. Faut-il sortir parlementer avec un assiégeant ? Oui si on garde l’avantage. Pour M : il sortirait si c’était une preuve de confiance et de franchise.

    • opposition des vertus romaines à la subtilité grecque et l’astuce punique.
    • Les « Achaiens » selon Polybe, détestaient la tromperie dans la guerre (note perso : et le cheval de Troie, on en parle ?)
    • Sur la force (qui est préférable selon une conception romaine) et la ruse : « Ou la peau lion ne peut suffire, il faut coudre un lopin de celle du Regnard. »

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