Howard Philipps Lovecraft  (souvent cité H.P. Lovecraft, comme on dirait « H.G. Wells ») est un écrivain américain du début du XXème siècle. Il est l’auteur d’œuvres d’horreur/de fantastique (dont la qualité lui fait dépasser le stade « d’auteur de genre ») et le créateur d’une mythologie cosmique dont l’influence culturelle est immense pour le genre. On peut le comparer à Edgar Allan Poe, qui fut sa principale inspiration (aux côtés de Lord Dunsany) ; même si les thèmes et l’écriture d’H. P. Lovecraft en font un nouveau jalon original de l’écriture du fantastique.

Ses titres les plus connus sont sans doute :

  • La Couleur tombée du ciel
  • Le cauchemar d’Innsmouth
  • L’appel de Cthulhu

(le « C » de Cthulu devant se prononcer à la manière du « j » (jota,) espagnol : un raclement de gorge.)

Le réalisme de ses créations (dont un grimoire secret, le Nécronomicon) ont pu faire douter de la fictivité des objets ou des mythes qu’il a inventés. Retenons qu’il n’a jamais cru à ses propres mythes, qui étaient pour lui des outils littéraires, et qu’il serait vain de chercher une cohérence parfaite dans cette cosmogonie.

Au-delà des nouvelles ou des romans (courts), Lovecraft est l’auteur d’une correspondance gigantesque. Les estimations varient (de 40.000 à 100.000 lettres). Cette correspondance est la véritable clé de la compréhension de l’auteur.

On a beaucoup glosé sur le racisme de Lovecraft. Mais pour l’essentiel, il ne s’agissait que du racisme ordinaire de son époque. Si sa répulsion était réelle et indiscutable, on chercherait en vain dans ses textes les appels haineux au meurtre lancés par d’autres auteurs. Lovecraft n’est pas Céline. Rappelons-nous, par exemple, que sa femme était juive. Ce racisme doit cependant être évoqué pour bien comprendre l’oeuvre elle-même, où la peur de l’inconnu, le dégoût et l’indicible tiennent une place prépondérante.

Parallèlement à ce racisme, l’on peut retenir que Lovecraft est un WASP (Blanc ; Anglo-saxon ; mais athée)  ayant conscience de son déclassement ; ceci expliquant peut-être cela.

Au rang des idées reçues, on peut aussi oublier « le reclus de Providence ». Lovecraft était au contraire particulièrement sociable ; mais sans doute sa sociabilité était elle limitée par ses moyens fort modestes.

Il est aussi intéssant de connaître le goût de Lovecraft pour la science, et en particulier l’astronomie, pour bien appréhender son oeuvre.

« J’aspire à un monde de mystères magnifiques et gigantesques, de splendeurs et de terreurs, dans lequel ne règne aucune autre limitation que celle d’une imagination sans contrainte. » Cette aspiration a sans doute trouvé son épanouissement dans la littérature.

Lovecraft a influencé de nombreux auteurs. Pour quitter la littérature : Un jeu de rôle, L’appel de Cthulhu, a marqué les années 1980 et continue de paraître épisodiquement. J’ai moi-même fait l’acquisition récente de « Londres au XIXe siècle« , paru dans le cadre d’une déclinaison de ce jeu de rôle ; un livre intéressant sur le Londres de l’époque Victorienne.

Un point m’a toujours frappé chez Lovecraft : sa capacité à choisir ses noms. Dagon, Cthulhu, Yog-Sothoth, Necronomicon, l’arabe dément Abdul Al-Hazred, shub niggurath, Nyarlathotep… Un mot suffit pour, déjà, basculer dans une autre réalité.

Edition de référence :

  • Bouquins, chez Robert Laffont [par défaut]

Edition présentée et établie par Francis Lacassin.

3 volumes, reprenant à ma connaissance l’intégrale de l’auteur (hors la correspondance, qui n’est ici présente qu’en sélection), ses notes de travail, ses brouillons abandonnés ; ainsi que bon nombre de textes de continuateurs ou de pasticheurs.

31 € par volume, neuf.

  • La correspondance

…N’est malheureusement pas disponible en français.

La maison Arkham House Publishers a édité ses « selected letters » en 5 volumes. Non traduites exhaustivement en français à ma connaissance.

Livre(s) ou ressource(s) recommandable(s) :

  • Maurice Levy est l’auteur d’un essai précurseur en France : LOVECRAFT ou DU FANTASTIQUE, paru en 1972 chez 10/18.

L’essai a bonne réputation et, parait-il n’a pas vieilli (bien que son auteur soit revenu, 37 ans plus tard, sur son enthousiasme de l’époque). J’en ferai le commentaire détaillé prochainement (dans sa réédition de 1985 chez Christian Bourgeois)

Dans l’attente, il est chroniqué sur Persée : – lien externe vers la chronique sur Persée –

  • Michel Houellebecq est l’auteur de H. P. Lovecraft : Contre le monde, contre la vie.

L’essai semble apprécié également ; il est disponible en poche chez 10/18 pour moins de 6 €, alors autant se faire une petite idée. J’en ferai aussi un commentaire très prochainement.

A vous de jouer maintenant !

Pour mémoire, l’édition citée est suivie de la mention [par défaut] qui apparaît s’il n’y a pas encore eu de discussion sur le sujet.

En commentaires, libre à vous de :

  • discuter des mérites et défauts des différentes éditions
  • de la place de l’auteur ou de l’oeuvre dans la culture de son temps
  • de l’importance de l’auteur ou de l’oeuvre pour un lecteur contemporain
  • de ce qu’il représente pour vous
  • des livres ou autres sources très recommandables pour comprendre l’auteur / l’oeuvre / son influence
21 réponses
  1. francis moury
    francis moury dit :

    Le titre original de l’étude de Lévy est « Lovecraft ou du fantastique » et cela dès son édition originale U.G.E., coll. 10/18.
    « Lovecraft, ou, du fantastique » est erroné. Il n’y a pas de virgule de séparation entre les ces éléments.

    L’article belge en lien sur Persée commet une ahurissante erreur de format : ce n’est pas un in-8°, c’est un livre de poche. Coquille probable, au demeurant.

    Les titres les plus connus de Lovecraft furent ceux de ses recueils de nouvelles, pas ceux de ses nouvelles sauf dans le cas où une nouvelle a donné, en France, son titre au recueil dans lequel elle se trouvait. Par exemple « Le cauchemar d’Innsmouth » appartenait au recueil « La couleur tombée du ciel » auquel appartenait bien évidemment aussi cette seconde nouvelle qui donnait son titre au recueil chez Denöel.

    Les éditions « présentées et établies » par Francis Lacassin sont traduites par qui ? Si par Jacques Papy, alors très bien. Si par quelqu’un d’autre, venu plus tard, nécessité d’une comparaison impérative avec la traduction de Jacques Papy qui fait référence et que Jean Cocteau jugeait même supérieure à l’original américain, un peu comme, à une époque, on a pu considéré qu’il valait presque mieux lire William Faulkner traduit par Maurice-Edgar Coindreau. que dans le texte américain.

    Les éditions de référence des traductions françaises de Lovecraft sont les éditions Denoël, collection Présence du futur, d’abord grand format pour les plus anciens, puis format poche pour les moins anciens ou pour les rééditions des plus anciens chez le même éditeur.
    On a par la suite trouvé du Lovecraft chez divers éditeurs : je cite de mémoire Pierre Belfond, Christian Bourgeois collection Dans l’épouvante (notamment LE RODEUR DEVANT LE SEUIL co-signé par August Derleth), J’ai lu (rééditions poche), etc.

    L’étude de Lévy dispose d’une petite bibliographie mais elle est insuffisante : Lévy se contente de mentionner les titres des recueils Denöel sans mentionner leur contenu. En revanche, il a donné une bibliographique chronologique nouvelle par nouvelle, ce qui est très bien.

    L’autre étude française de référence sur H.P. Lovecraft demeure le Cahier de l’Herne qui lui fut consacré. C’était une revue prestigieuse, rassemblant des articles variés d’un collectif d’auteurs sélectionnés. Même principe et mêmes qualités (y compris plastiques) que les revues proches en exigence telles que L’Arc ou Nouvelle Ecole.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Bonjour Francis,

      Merci de vos interventions. Plusieurs points :
      Sur le titre de l’essai de Levy, merci de me corriger. Je vais cependant vérifier ce soir en rentrant chez moi car je suis un peu surpris d’avoir fait ce genre d’erreur (la profondeur de ma médiocrité m’étonnera toujours).
      Je vous donnerai également le nom des traducteurs de l’édition Bouquins. Je ne pense pas que l’on puisse dénigrer leur travail avant de les avoir lus ; effectivement, la comparaison serait intéressante.
      Vous donnez la préférence aux éditions Denoël ; auriez-vous quelques arguments pour fonder cette préférence (hormis, peut-être, l’antériorité ou, si je comprends bien, la traduction ?)
      Dans les lectures recommandées, je note de référencer le Cahier de l’Herne, qui est bien sûr une référence. Pas plus tard que ce matin, dans ma navigation, un bandeau publicitaire me proposait la revue Europe, qui chronique dans un même numéro Lovecraft et Tolkien. Je me suis aussi promis de la référencer (après lecture ; mais je ne me la suis pas encore procurée, mon budget de janvier/février ayant déjà été mangé par Homère, Euripide, et quelques livres étonnants du XIXe…)

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Vu : Le livre de Maurice Levy est référencé avec les virgules sur Amazon ; titre repris tel quel ici avant réception du livre (la confiance me tuera). L’essai est titré simplement « Lovecraft » en couverture et « LOVECRAFT ou DU FANTASTIQUE » en page intérieure. Je corrige.

      L’édition Bouquins reprend les traductions d’autres éditeurs :
      – traductions de Paule Pérez aux éditions Belfond.
      – traductions de Yves Rivière aux éditions Denoël
      … Selon les nouvelles.
      – traduction de Jacques Papy et Simone Lamblin aux éditions Denoël (pour « La Couleur tombée du ciel », « L’Affaire Charles Dexter Ward », « L’Abomination de Dunwich », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Le Cauchemar d’Innsmouth », « La Maison de la Sorcière », « Le Monstre sur le seuil », « Dans l’Abîme du temps »)
      …Ces traductions concernent donc l’essentiel des « textes longs » de Lovecraft, et ceux d’importance, hormis « Les Montagnes Hallucinées » (traduction de Simone Lamblin, seule, aux éditions Denoël).

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  2. Restif
    Restif dit :

    Je viens de regarder dans l’édition Bouquins et les traductions sont de J.Papy et Simone Lamblin ou de Papy seul ou de Simone Lamblin seule. A vrai dire tous les noms des traducteurs proviennent soit de l’édition Denoël soit de l’édition Belfond. Je n’ai pas regardé touchant les œuvres « venues d’ailleurs » mais j’ai tout lieu de croire que, là aussi, on a repris les traductions anciennes quand elles existaient. Donc… Sinon, sur l’analyse de Lovecraft, je me souviens d’un article de Jacques Goimard paru dans Métal Hurlant (j’ai acheté toute la collection) qui analysait le style de Lovecraft et qui était ma foi excellent. S’il m’en souvient bien il observait l’importance du négatif dans la stylistiques lovecraftienne. Ainsi dans « La couleur tombée du ciel : « A Arkham les collines sont sauvages et il est des vallée dont les bois profonds N’ONT JAMAIS subi la hache. Il est d’étroites et sombres gorges où de minces ruisselets filtrent sans JAMAIS avoir reflété l’éclat du soleil .. » Un tout petit peu plus loin l’idée de « négatif », d’absence, se développe, s’articule de manière plus fine à travers ces « chaumières trapues (…) mais toutes sont vides. Les gens d’autrefois s’en sont allés (…) Non qu’il y ait quoi que ce soit qu’on puisse voir, entendre ou toucher (…) le vieil Ammi Pierce ne leur a jamais raconté » . Bon, j’arrête là, ce n’est peut-être pas passionnant . Cependant, il me semble que cela indique l’un des biais par lesquelles Lovecraft travaille sur notre imagination : c’est plus que du non-dit, c’est un vide que notre esprit va remplir peu à peu de ses phantasmes. Voir l’absence de réelle description de créatures dont tout ce qu’on sait c’est qu’on s’évanouit à les voir -bien sûr, il y a les traits des habitants d’Insmouth, il y a quand même description, mais si peu dès qu’il s’agit d’Azathoth et autres On a dit, trop souvent, que Lovecraft écrivait mal, et c’est aussi pourquoi il n’ y a pas de Pléiade Lovecraft.Or c’est faux, et le petit exercice de Goimard (enfin, deux pages quand même, deux grandes pages équivalent à 4 en poches) m’a paru excellent.
    J’ai lu Lovecraft assez jeune -11 ans- grâce aux Denoël poches à couvertures blanches ornées d’une sorte d’une sorte d’atome en devenir, grâce en soit rendue à mon père qui les avait achetés. On peut dire que je ne m’en suis jamais remis, et pour toujours, je suis d’ailleurs.

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Une sorte d’atome en devenir ?… Moi j’y voyais plus une galaxie lenticulaire ou bien le fantôme d’un ovni… A part ça, plus personne n’ose dire je crois que Lovecraft écrivait, tant son écriture produit de la fascination et notamment pour les raisons que vous avez dites.

      Répondre
      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        J’irais jusqu’à dire que son imaginaire – hors normes également – n’aurait peut-être pas suffi à lui assurer la position éminente qu’il occupe aujourd’hui, et à garantir sa survie à part et au-dessus de ses collègues de l’époque et que son écriture est un élément essentiel.

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          • Domonkos Szenes
            Domonkos Szenes dit :

            Sa façon de transcrire l’univers qu’il a créé (ou plutôt de l’évoquer) n’est pas moins originae que l’univers en question. Celui-ci, réduit à son seul contenu se distinguerait toujours d’autres, moins originaux, mais pas sûr qu’il nous provoquerait en nous le même trouble.
            D’ailleurs Lovecraft était parfaitement conscient d’être un véritable écrivain et non pas un simple raconteur d’histoire, et il était très préoccupé par les questions d’écriture.
            Je ne le qualifierais certainement pas de « styliste » pour autant.

            Répondre
            • Domonkos Szenes
              Domonkos Szenes dit :

              Sa façon de transcrire l’univers qu’il a créé (ou plutôt de l’évoquer) n’est pas moins originale que l’univers en question. Celui-ci, réduit à son seul contenu se distinguerait toujours d’autres, en ce qu’il a d’inouï, mais pas sûr qu’il susciterait en nous le même trouble.
              D’ailleurs Lovecraft, très préoccupé par les questions d’écriture, était conscient d’être un véritable écrivain et non pas un simple raconteur d’histoire.
              Pour autant, je ne le définirait pas comme un « styliste ».

              Répondre
  3. Restif
    Restif dit :

    Ps Pardon Draak, je ne sais pas comment j’ai manqué votre commentaire; du coup ça fait double emploi. J’avais pourtant bien regardé. J’ai du oublier d’actualiser la page. Mea culpa.

    Répondre
    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Tout va bien, cher Restif ; mea culpa : propagerlefeu.fr est jeune et n’est pas aussi bien conçu que je le voudrais. En particulier, je suis le seul à recevoir des mails lorsqu’il y a des commentaires/réponses. J’imagine que pour vous, devoir aller sur le site et penser à vérifier s’il y a des nouveautés, puis les situer dans le fil de conversation n’est pas pratique.
      Votre remarque sur la négation est très intéressante ; je me suis promis de relire Lovecraft et j’aurai cela en tête.
      Il y a beaucoup à dire sur Lovecraft, mais une chose est sûre : ses effets et son écriture étaient le résultat d’une vraie réflexion (même si quelques unes de ces idées sont devenues des évidences de page-turners et peuvent faire sourire ; par exemple son idée de première phrase coup de poing (reprise à E Poe) et qui trouve son illustration dès Dagon : « C’est dans un état bien particulier que j’écris ces mots, puisque cette nuit je ne serai plus. »)
      Il a bien sa place parmi les classiques et ne déparerait pas en Pléiade.

      Répondre
  4. francis moury
    francis moury dit :

    Bonjour

    L’édition originale U.G.E., coll. 10/18, Paris 1972 donne LOVECRAFT en première de couverture, LOVECRAFT OU DU FANTASTIQUE en page de titre. De mémoire, police et taille des caractères identiques pour les quatre mots mais à vérifier sur un exemplaire papier. Et aucune virgule de séparation, bien évidemment.

    Pourquoi Denoël comme éditeur de référence pour Lovecraft chez nous ? Parce que c’est l’éditeur qui a révélé Lovecraft en France d’une part, parce que Jacques Papy était, pour l’essentiel, son traducteur principal et que Papy fut un des plus grands passeurs de la littérature fantastique anglaise et américaine sur un double plan : sa capacité à sélectionner et constituer des anthologies de contes fantastiques anglais et américains, sa capacité à les bien traduire. Roger Caillois lui a rendu hommage dans la préface de son ANTHOLOGIE DU FANTASTIQUE (1958 puis 1965 revue en deux tomes chez Gallimard-NRF) car il l’avait aidé pour le domaine anglais et américain.
    Pour résumer, si Lacassin et l’éditeur Robert Laffont ont repris toutes les traductions de Papy existantes pour les textes originaux de Lovecraft, c’est parfait. Les autres traducteurs (vous ne les mentionnez pas tous dans votre liste, il y en a d’autres) sont moins connus, ce qui ne signifie pas que leur travail soit indigne d’être connu ni d’être repris.

    Comme vous le savez, je demeure persuadé que H.P. Lovecraft mériterait d’être à la Pléiade, en oeuvres complètes. Et commercialement, la Pléiade aurait certainement bien plus de lecteurs d’une telle édition que de certains autres auteurs américains ou anglais qu’elle a pourtant jugé dignes de figurer dans ses rangs.

    Simplement, il faudrait faire pour Lovecraft ce qu’on fait pour une édition critique usuelle : collations, établissement du texte original, comparaison des traductions d’un même texte, bibliographie, biographie, établissement des variantes, etc.

    Répondre
  5. Restif
    Restif dit :

    Imaginez un Album Pléiade Lovecraft ! Il serait (presque) aussi recherché que le Necronomicon!

    Cher Draak, je reconnais bien là votre magnanime aménité. Propager le feu est jeune, sans doute, mais il n’en est pas moins vrai que si quelque intelligence artificielle lui baillait sa voix il pourrait à juste s’exclamer : « Je suis jeune il est vrai mais aux âmes bien nées/ La valeur n’attend pas le nombre des années. »

    Domonkos, vous avez raison, plutôt un fantôme d’ovni. Mais j’avoue qu’une paresse descriptive m’a saisi. depuis le temps, bien avant la lecture même, depuis l’enfance la plus lointaine où je voyais à travers les vitres des bibliothèques ces étranges couvertures, elles sont devenues pour moi le symbole même du mystère. Il n’ y avait pas que Lovecraft d’ailleurs. Et c’est ainsi que la Sf et le fantastique se sont présentés à moi costumés de cet énigmatique halo. Et bien sûr que l’écriture de Lovecraft est au niveau de son imaginaire, puisque elle en est non seulement la transcription mais aussi la mise en scène et la narration. L’ambiance secrétée par sa prose est telle que la peur suppure de l’atmosphère. Il faudrait parler de l’importance des odeurs (celle du poisson notamment évidemment), des bruits -Celui qui chuchotait dans les ténèbres -, ce sentiment de déréliction qui sourd du paysage même, cette dégénérescence qui marque les traits et les esprits, quand ce n’est pas quelque terrible savoir ou expérience qui a posé sa foudre indélébile sur la chair du survivant. Lovecraft est expert dans l’art de faire s’exprimer une nature, humaine ou urbaine, sauvage ou domestique profondément corrompue, à travers les signes emblématiques d’une horreur abyssale l’expérience de l’indicible se lit, se dit. Quant à l’horreur cosmique, qui ne l’a ressentie le lisant les récits du reclus de Providence?

    Répondre
    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Quand j’étais petit (cela se perd dans l’Abîme du Temps) deux portes ouvraient pour moi le domaine de l’imaginaire : Présence du Futur pour la SF (la Couleur tombée du Ciel, en quelque sorte, qui, parfois, me faisait croire que Je suis d’Ailleurs) et les noirs Marabout pour le Fantastique classique ou contemporain : Celui qui Hantait es Ténèbres. Et tout cela hantait mes nuits, Par-delà le Mur du Sommeil…

      Lovecraft incomparable, insurpassable, parmi ces Grands Anciens qui ont construit les colonnes de notre moderne mythologie (et de notre Géographie imaginaire : s’il n’y avait eu celle de Lovecraft, Stephen King aurait-il construit la sienne ?). Sans parler de son vocabulaire.

      Il est d’ailleurs stupéfiant – et significatif – de voir combien cette oeuvre si datée et produite dans une espèce de ghetto de la « sous-littérature », est partie prenante de notre modernité !

      ……………………………

      Oui, un coffret Pléiade Lovecraft – avec une part significative de la correspondance, SVP – honorerait la collection et ne pose pas la moindre question, tant sa nécessité ressort de l’évidence.

      …………….

      Quant à son racisme – indéniable – qui s’exprime dans des termes parfaitement odieux dans certaines lettres et même nouvelles, il est partie prenante de son univers horrifique : son fantasme du wasp menacé dans son existence même par l’invasion des races dégénérées n’est pas très différent de sa conception de l’homme, moins que microbe, à peine particule, dans un univers dont les forces aveugles et insensibles menacent de le broyer sans même s’en apercevoir.

      Ce n’est pas tant que ça le racisme ordinaire de son temps et de sa classe – même si ça l’est en partie – et Lovecraft me semble plus l’héritier d’un Gobineau, avec son horreur du métissage, qu’un cousin de Céline. Le racisme de Céline a des racines plus populaires qu’intellectuelles. Il ne joue pas un grand rôle dans son oeuvre – à part, bien entendu, dans les pamphlets – et, s’il s’exprime crûment dans certains passages des romans tardifs, il ne les féconde pas, n’est pas une source d’inspiration. Le racisme de Lovecraft joue un rôle dans les fondements de sa création. Il me paraît inutile de s’en affliger, encore plus impossible et vain de vouloir l’extirper. Loin d’en sortir « purifiée » l’oeuvre lovecraftienne en sortirait émasculée.

      Par ailleurs la charge vénéneuse de ce racisme est nulle pour les lecteurs d’aujourd’hui, tant sa forme est grossière et obsolète : littéralement « illisible ».

      Répondre
      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        Fort heureusement – Azatoth nous en préserve ! – nul ne songe à mêler le nom de Lovecraft ni à faire appel à son « autorité » en la matière, dans les actuels débats sur les migrations…

        Répondre
      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        La correspondance entre Lovecraft et Howard est particulièrement intéressante : le préjugé voudrait voir, au départ, la brute représentée par le Texan, auteur des Conan le Barbare, et l’intellectuel en la personne du Gentleman de Providence ; à l’arrivée il semble bien que l’humaniste serait du côté du « Barbare » et l’inhumanité du côté du « Civilisé »…

        Répondre
      • francis moury
        francis moury dit :

        Cher Domonkos

        Votre commentaire sur votre choix de jeunesse entre la SF Présence du futur et le fantastique Marabout, appelle une précision d’histoire de l’édition française et de l’édition belge.

        Présence du futur publiait aussi du fantastique (« Malpertuis » de Jean Ray, par exemple) et Marabout publiait aussi de la science-fiction (« Les Hommes frénétiques » d’Ernest Pérochon).
        Certains titres tels que, encore lui, « Malpertuis » de Jean Ray ont même fait partie des deux catalogues des deux collections.
        Pas au même moment, bien sûr.

        La série science-fiction de la Bibliothèque Marabout des éditions Gérard & Cie a débuté un peu avant 1970 – plusieurs années après le début de la série fantastique dans la même Bibliothèque – alors que la collection Présence du futur des éditions Denoël est bien antérieure (Ray Bradbury y était traduit dès avant 1955)

        Il y aurait un sujet de thèse (a minima) ou même de livre à écrire sur la réception de la littérature fantastique et de la littérature de science-fiction en France. Les catalogues des éditeurs et les dates d’impression des volumes constituant leur matière première.

        Répondre
        • Domonkos Szenes
          Domonkos Szenes dit :

          J’en conviens tout à fait. Mais, (était-ce une impression personnelle ou bien était-ce un préjugé partagé ? je ne sais), j’identifiais plutôt PF à la SF et Marabout au Fantastique (en ce qui concerne cet éditeur, d’ailleurs, j’avais auparavant déjà lu les grands classiques populaires, Dumas, Sue, Féval et même le Mouron Rouge de la Baronne Orczy (est-ce que quelqu’un sait encore de quoi il s’agit aujourd’hui ?). Vous comprendrez qu’on ne peut pas se défaire d’une telle empreinte venue de l’enfance.

          Récemment, je me suis mis à reconstituer et compléter ces collections Marabout. Il s’y trouvait tout de même des perles (je pense, par exemple, à une Vernon Lee que, durant près d’un siècle, seul Marabout a publié en France, jusqu’à ce que récemment un éditeur toulousain entreprenne de l’exhumer).

          Ensuite, pour la SF, je suis passé aux J’AI LU qui a publié (presque) toutes les oeuvres majeures jusqu’aux années 70. (Une dernière remarque, je ne sais s’il s’agissait d’une question de prix ou de diffusion, mais il me semble que les Marabout m’étaient plus accessibles que PF à l’époque ; en tous cas, je les trouvais dans toutes les bibliothèques.)

          Et, oui, tout cela mériterait d’être affiné et étudié sérieusement.

          Répondre
  6. Restif
    Restif dit :

    Où diable (ou plutôt par Shub-niggurath) avez-vous donc eu ça Domonkos ?J’ai le tome 1 (qui resta unique) de la Correspondance chez Bourgeois avec Derleth et Wandrei, mais ça, je ne le vois nulle part. Un type en 2013 parlait de le traduire puis, rien. Je n’ai pas suivi… Ça doit être épuisé.

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