Pour toutes discussions sur :

  • Qu’est-ce qu’un classique ?
  • Pourquoi lire les classiques ?
  • Pourquoi NE PAS lire les classiques ?
  • Les classiques qui devraient figurer sur ce site et qui auraient été honteusement omis

C’est ici que ça se passe !

Avant de lancer ce blog, je me suis bien sûr attelé à la lecture de « Pourquoi lire les classiques« , d’Italo Calvino.

Ce petit livre édité aux Editions du Seuil, collection Points (1996), est en fait un regroupement d’articles et d’essais d’Italo Calvino sur ses lectures ; articles qu’on pourra lire indépendamment des autres selon l’humeur du moment. Vous trouverez entre autres du Perec, du Borges, du Hemingway, mais aussi du Xenophon, Diderot et aussi un peu de Tiran le Blanc.

Seul le premier chapitre répond précisément et très directement à la question : Pourquoi lire les classiques (sans point d’interrogation ; comme si la question n’en était finalement pas une).

Italo Calvino donne la définition d’un « classique » :

(traduction par Jean-Paul Manganaro)

  1. Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : « je suis en train de le relire… » et jamais : « je suis en train de le lire… »
  2. Sont dits classiques les livres qui constituent une richesse pour qui les a lus et aimés ; mais la richesse n’est pas moindre pour qui se réserve le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter.
  3. Les classiques sont des livres qui exercent une influence particulière aussi bien en s’imposant comme inoubliables qu’en se dissimulant dans les replis de la mémoire par assimilation à l’inconscient collectif ou individuel.
  4. Toute relecture d’un classique est une découverte comme la première lecture.
  5. Toute première lecture d’un classique est en réalité une relecture
  6. Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire
  7. Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu’ils ont laissée dans la ou les cultures qu’ils ont traversées (ou, plus simplement, dans le langage et les moeurs.
  8. Un classique est une oeuvre qui provoque sans cesse un nuage de discours critique, dont elle se débarrasse continuellement.
  9. Les classiques sont des livres que la lecture rend d’autant plus neufs, inattendus, inouïs, qu’on a cru les connaître par ouï-dire.
  10. On appelle classique un livre qui, à l’instar des anciens talismans, se présente comme un équivalent de l’univers.
  11. Notre classique est celui qui ne peut pas nous être indifférent et qui nous sert à nous définir nous-même par rapport à lui, éventuellement en opposition à lui.
  12. Un classique set un livre qui vient avant d’autres classiques ; mais quiconque a commencé par lire les autres et lit ensuite celui-là reconnaît aussitôt la place de ce dernier dans la généalogie.
  13. Est classique ce qui tend à reléguer l’actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur.
  14. Est classique ce qui persiste comme rumeur de fond, là même où l’actualité qui en est la plus éloignée règne en maître.

Chaque proposition fait bien sûr l’objet d’un développement de quelques paragraphes. Dans quelles propositions vous reconnaissez-vous ?

Pour ma part, la proposition 6 tombe sous le sens : un classique ne s’épuise pas. Dans cinq-cents ans, sûrement, l’on continuera de gloser sur l’Iliade. La profondeur de la malignité de la créature de Frankenstein fera toujours débat. On ne cessera de discuter de la nature de « l’animal abyssal, l’immaculation du grand Cachalot blanc, ainsi qu’un volcan lilial dans l’azur froid ».

J’espère que le site propagerlefeu.fr vous aidera dans vos choix de classiques, à trouver « le bonheur de les lire une première fois dans les conditions les plus favorables pour les goûter. »

21 réponses
  1. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    Je souhaite attirer l’attention sur trois chroniques successives de Brice Couturier, sur France Culture, émission « Le tour du monde des idées » (du 13 au 15 février 2018 ; disponible en podcast et reprises textuellement ci-dessous).
    Dans l’écume moralisatrice des remous de l’affaire Weinstein, se pose la question du regard que l’on porte sur les oeuvres du passé. Ce sujet intéresse au plus haut point le site propagerlefeu.fr, évidemment. Qu’est-ce qu’un classique ? Quelle en est la part d’absolu et quelle en est la part sujette à la censure du regard moral d’une époque particulière ? Que faut-il connaître de l’homme pour comprendre et apprécier (ou rejeter) l’oeuvre ?

    Ci-dessous les trois chroniques. Bonne réflexion à vous !

    13/02/2018 – « Devons nous censurer les chefs-d’oeuvre du passé en raison de leur caractère sexiste ? »
    P : Présentateur
    BC : Brice Couturier

    P : Vous allez nous parler (…) d’une des incidences de l’affaire Weinstein. C’est que nous portons un regard nouveau sur certaines œuvres du passé illustrant les rapports entre les hommes et les femmes. Certaines sont devenues choquantes à nos yeux. Qu’en faire ? Voilà le thème de votre chronique ce matin.

    BC : Oui, en effet, l’affaire de ce producteur de cinéma américain qui a abusé son pouvoir pour agresser sexuellement des femmes provoque de nombreux débats dans le monde. Mais le monde de l’intellligentsia n’est pas épargné, figurez-vous. Même si on en parle moins ici, l’affaire Weinstein se double aux Etats-Unis d’une affaire Leon Wieseltier, philosophe et tout puissant rédacteur en chef littéraire de la revue The New Republic. Lui aussi a profité de sa position de magnat de la littérature et de l’édition pour abuser sexuellement de plusieurs femmes. A peu près personne ne trouve des excuses à ces prédateurs sexuels. La justice doit passer. Ces affaires provoquent une prise de conscience nécessaire. Mais la censure des œuvres du passé, lorsqu’elles contreviennent à l’idée que nous nous faisons aujourd’hui des relations entre les sexes, c’est une autre affaire. Pourtant, selon plusieurs commentateurs, elles sont liées.
    Ainsi, un jour, c’est un metteur en scène italien, Leo Muscato, qui réécrit la fin de Carmen de Bizet au motif qu’il est – je cite – « inconcevable qu’à notre époque de violences faites aux femmes, on applaudisse au meurtre de l’une d’entre elles ». L’autre jour, c’est un musée anglais, la Manchester Art Gallery, qui décide de retirer de la vue des visiteurs un des plus célèbres tableaux de l’époque victorienne, Hylas et les nymphes, une toile peinte par John William Waterhouse en 1896. Les femmes y sont représentées sous une « forme passive décorative », explique la conservatrice en chef pour expliquer son retrait. Chez nous, c’est l’universitaire Laure Murat qui, dans une tribune parue dans Libération il y a quelques temps, sans aller explicitement jusqu’à demander sa censure, dit la gêne que lui cause la projection d’un des plus célèbres films d’Antonioni, Blow-Up, qui date de 1966. Le photographe, qui en est le héros, abuse manifestement des deux jeunes mannequins qu’il photographie d’un peu trop près (l’une d’entre elles, d’ailleurs, était jouée par Jane Birkin, alors débutante et inconnue).
    Ainsi, ce qui était considéré comme des transgressions progressistes, il y a cinquante ans, est jugé aujourd’hui sexiste et réactionnaire.
    Mais cette passion de censurer les œuvres du passé au nom des critères moraux d’aujourd’hui est étonnante.
    Il était fatal, pourtant, qu’après avoir été formé, dans les universités, à « déconstruire les stéréotypes de genre », hérités du passé, les nouvelles générations bien-pensantes en viennent à corriger les oeuvres qui ne correspondent pas à nos canons éthiques contemporains, voire à les faire disparaître purement et simplement.
    A moins que l’époque ne se soit mise à haïr ce qui l’a précédée parce qu’elle est consciente de son impuissance à les égaler, à égaler les accomplissements du passé, comme le prétend par exemple Michel Houellebecq. Lorsque l’inspiration vient à manquer, l’idéologie tend à la remplacer. Comme l’écrit Ernst Jünger, « en art, la substitution de l’opinion à la substance est, pour l’absence de talent, une échappatoire habituelle. » Mais le plus étonnant est que cette époque, la nôtre, semble ignorer qu’elle sera elle-même jugée par nos descendants, selon des critères dont nous n’avons aucune idée aujourd’hui.

    Dans la revue britannique Prospect de ce mois, une jeune universitaire qui participe régulièrement à l’émission « Woman’s Hour » sur BBC 4, Shahidha Bari donne à réfléchir sur cette réévaluation de l’image des femmes dans les œuvres du passé. Elle le fait à partir d’une œuvre autrement plus scandaleuse que l’opéra Carmen, le tableau Hylas et les nymphes, ou le film Blow-up. Elle a choisi la terrible sculpture de Benvenuto Cellini, Persée tenant la tête de Méduse, exposée à la Galerie des Offices de Florence.
    Le fils de Zeus est figuré un pied posé sur sa victime nue, dont le sang jaillit du cou tranché, brandissant de la main droite son glaive et de l’autre la tête tranchée de sa victime. Comme elle le fait observer l’expression donnée par le sculpteur au visage de Persée reflète une totale et parfaite indifférence. Pour aggraver les choses, elle rappelle que Cellini lui-même était un être violent, impliqué dans des meurtres et condamné à plusieurs reprises pour des viols, tant sur des femmes que des garçons.
    Depuis la Renaissance, des générations de visiteurs de Florence se sont extasiés devant cette œuvre qui témoigne d’une extrême cruauté. « Alors que nous nous tourmentons sur la manière de juger les hommes terribles qui ont produit de magnifiques œuvres d’art, écrit Shahidha Bari, nous devrions nous souvenir que nos mémoires collectives ont toujours été sélectives et que nos jugements moraux sur elles ont connu des mutations. »
    Des générations de biographes et de critiques d’art ont vanté même l’extraordinaire vitalité de Benvenuto Cellini. On en a fait l’homme idéal de la Renaissance européenne, doué pour tout, rempli d’audace et de créativité. Méfions-nous, poursuit-elle, devant les tendances contemporaines à vouloir censurer les films de Woody Allen, parce qu’il a sans doute abusé sexuellement d’une enfant, de Roman Polanski, qui a abusé d’une très jeune fille dans les folles années soixante, ou d’Alfred Hitchcock, qui a persécuté Tippi Hedren, lors du tournage de son fameux film, Les oiseaux.

    14/02/2018 – « Harcèlement sexuel : peut-on distinguer nettement l’oeuvre son l’auteur. »

    P : Hier vous nous rappeliez combien nos sensibilités contemporaines nous amenaient à reconsidérer les œuvres d’art du passé ; ainsi la prise de conscience des violences faites aux femmes entraine une modification complète du regard qu’on peut porter sur une œuvre, telle que la sculpture de Benvenuto cellini, Persée exhibant la tête de Méduse.

    BC : Oui, c’est l’exemple qu’a choisi l’universitaire britannique Shahidha Bari pour entamer une réflexion sur le sujet pour le mensuel « Prospect ». Il nous est facile, poursuit-elle, de condamner Harvey Weinstein ou Leon Wieseltier. Le premier était un producteur de cinéma qui a utilisé son pouvoir de faire tourner des actrices pour leur extorquer des faveurs sexuelles ; le second, une puissance du monde intellectuel et éditorial américain qui a été licencié du magazine The New Republic sur la base d’accusations de harcèlement sexuel. Ils sont tombés l’un et l’autre grâce aux dénonciations convergentes rendues possibles par le #metoo movement, l’équivalent américain de notre #balancetonporc. Ils ont eu ce qu’ils méritaient depuis longtemps ; personne ne pleure sur leur sort. Mais comment traiter le cas autrement plus complexe de créateurs qui nous ont enchanté, comme Woody Allen, accusé par son ex-épouse d’avoir eu des relations sexuelles avec sa fille adoptive encore enfant ; ou Roman Polanski, condamné dans sa jeunesse pour viol sur mineure. « Comment concilier notre embarras moral avec notre jugement esthétique ? » écrit-elle. Et Shahidha Bari de se tourner alors vers Kant. Dans « La critique du jugement », le philosophe des Lumières écrit « La satisfaction, qui détermine le jugement de goût, est pur de tout intérêt. » Le jugement esthétique est donc marqué par le désintéressement. Par conséquent, commente Shahidha Bari, nous devrions comprendre une œuvre d’art purement dans ses propres termes, en suspendant nos préférences idéologiques et sans tenir compte, ni de ses implications morales, ni de la biographie de son créateur. Si Kant était en vie, résume-t-elle, il défendrait la thèse selon laquelle seule compte la création et pas les gens qui sont derrière, ni leurs faits et gestes. Une telle ligne de pensée a été poussée à son comble, on s’en souvient, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec l’école dite « de l’art pour l’art ». Poètes et peintres de cette époque exigeaient que leur travail ne serve aucun objectif didactique, ni religieux, ni moralisateur. L’art, disaient-ils, n’a pas pour objet l’édification des masses, le redressement des mœurs, ni la plus grande gloire de Dieu ; il n’est qu’au service de de sa propre cause.

    P : Et il est vrai, Brice, que certaines œuvres possèdent une telle cohérence interne qu’elles ne peuvent guère être jugées en termes moraux ou idéologiques…

    BC : Oui, oui et elles nous font découvrir des vérités d’un ordre tout autre. Pourtant, poursuit notre auteure, le retour du jugement moral peut, en un instant, dissiper le pur plaisir esthétique ; et c’est pourquoi le débat en cours est bien davantage qu’une tempête dans une tasse de thé à Hollywood. Que faire, par exemple, d’un philosophe dont le comportement contredit radicalement ses propres prescriptions ? De Jean-Jacques Rousseau qui consacre un épais volume, l’Emile, à l’éducation des enfants mais contraint sa maîtresse à abandonner les cinq bébés qu’il lui a faits à l’assistance publique ? Ou encore, d’un philosophe qui se met au service d’un parti totalitaire, comme Martin Heidegger en Allemagne ou Georg Lukacs ? Althusser a étranglé sa femme, mais il ne viendrait à l’idée de personne d’interdire la lecture de ses œuvres, pas plus que de retirer des programmes celles de Rousseau et d’Heidegger. La validité des thèses d’un philosophe n’est pas compromise par l’incapacité de leur créateur à les avoir respectées lui-même. Pourquoi ? Eh bien, parce que cette discipline tend à l’objectivité.

    Mais qu’en est-il en matière artistique ? Le poète irlandais William Butler Yeats a écrit « on connaît le danseur à sa danse ». Et notre Buffon national a dit de son côté : « le style, c’est l’homme. » Difficile en effet de séparer nettement l’auteur de ses œuvres.
    C’est tout particulièrement le cas des films de Woody Allen, selon Anthony Oliver Scott. Le critique de cinéma du New York Times a publié le 31 janvier un article extrêmement dur contre l’auteur de « Manhattan ». Pour lui, la vieille séparation entre l’art et l’artiste n’est pas un principe philosophique, mais je cite « une simple habitude culturelle adossée à un dogme universitaire défraîchi ». L’art ne se situe pas, dit-il, dans une zone mystérieuse de l’expérience humaine qui serait sans rapport avec la vie des artistes eux-mêmes, écrit-il. Surtout lorsqu’il s’agit du cinéma de Woody Allen, dont les films ne cachent pas ce qu’ils doivent à la personnalité de leur auteur. Une partie du plaisir que son public prend à les regarder tient précisément à ce qu’il y cherche des indices renvoyant à la vie de Woody, à ses goûts, à ses marottes. Et parmi celles-ci, sa passion des très jeunes filles.
    « Une des illusions les plus puissantes encouragées par l’art populaire, écrit-il, est que ses créateurs sont des gens que nous connaissons. » Non pas tant parce que leur vie s’étale dans la presse people, que parce qu’ils infusent, dans leurs productions, des éléments de leur propre vie ». Et encore une fois, c’est tout particulièrement le cas de Woody Allen – je cite – « le Narcisse névrosé de ma génération, sorte de pont entre la psychanalyse du XX° siècle et la culture contemporaine du selfie et des réseaux sociaux. » Dès lors, comment se désintéresser des fautes morales de sa vie privée ?

    15/02/2018 – « Après l’affaire Weinstein, une affaire Woody Allen »

    P : Alors on a parlé un petit peu depuis cette semaine de l’affaire Weinstein ; vous nous en avez parlé. Il y a cette affaire à Hollywood, mais il y a aussi, maintenant, une affaire Woody Allen, Brice ?

    BC : Et oui, après avoir tourné dans son dernier film, « Rainy day in New York », plusieurs acteurs dont Thimotée Chalamet et Rebecca Hall ont annoncé qu’ils reverseraient leur cachet à Times up. Cette association a été créée par des actrices, scénaristes, metteuses en scène, pour venir en aide aux femmes victimes de harcèlement sexuel. Le fameux Justin Timberlake a annoncé à son tour qu’il renonçait à son cachet. Il avait été pris à parti par Dylan Farrow, la fille adoptive de Mia Farrow, ancienne compagne de Woody Allen, qui accuse ce dernier d’avoir pratiqué sur elle lorsqu’elle avait 7 ans des attouchements sexuels. Dylan Farrow a en effet déclaré : « J’ai du mal à comprendre comment une voix aussi puissante et admirée que celle de Justin Timberlake puisse prétendre être du côté des femmes en soutenant #metoo et en même temps dire que travailler avec Woody Allen est un rêve qui se réalise ». Tous les acteurs et actrices qui ont tourné pour Woody Allen redoutent à présent d’être entrainés dans la descente aux enfers du cinéaste, hier chouchou d’Hollywood ; aujourd’hui pestiféré. Signalons que deux enquêtes judiciaires ont été conduites dans le passé sur cette affaire et qu’aucune n’a confirmé les faits dont Woody Allen lui-même est accusé et qu’il a toujours niés. Mais dans le contexte actuel, après les révélations concernant le comportement, avéré, lui, de Harvey Weinstein, il ne fait pas bon aux Etats-Unis, avoir une réputation de harceleur sexuel. La machine à ruiner les réputations et les carrières s’est emballée.

    P : Et alors, la question qui vous intéresse et nous intéresse aussi, Brice, c’est « Est-ce qu’il faut pour autant boycotter les films de Woody Allen ? »

    BC : Oui, répond sans hésitation le grand critique du New York Times Anthony Oliver Scott. Une part du travail d’un critique, écrit-il, est de porter des jugements, et aucun jugement ne peut se dispenser d’une dimension morale. A l’opposé du désintéressement Kantien, que nous évoquions hier, selon lequel le regard porté sur une œuvre d’art devrait faire abstraction de tout ce que nous pouvons savoir de son créateur, Scott prétend que tout le cinéma de Woody Allen est définitivement entaché de ce qu’on croit savoir de la vie privée du cinéaste. Et sa condamnation va loin. Jugez-en, il écrit : « Je peux déclarer que je ne verrai plus jamais aucun film de Woody Allen. Mais je ne peux pas faire en sorte de n’avoir vu aucun de ses films précédents. Or je les ai tous vus, et plus d’une fois. » Et il confesse : Woody Allen a été pour lui un mentor, un héros culturel, un modèle masculin. Et le critique du New York Times en parle en effet en excellent connaisseur, jugez-en : « Sa manière de faire des embardées déflationnistes, de l’élever à l’absurde, du très sérieux au totalement banal me frappe comme la définition même du comique ».

    P : Alors, qu’y a-t-il de si gênant dans la production cinématographique de Woody Allen ?

    BC : Eh, bien, toujours selon le même critique, important, Anthony Oliver Scott, dans tous ses films, le personnage joué par Woody Allen lui-même est très fréquemment décrit comme « entre deux femmes ». Il est alors en train de quitter une compagne acariâtre, mondaine et superficielle en manque d’affection pour une nouvelle conquête, sincère, sensuelle et généreuse ; et surtout nettement plus jeune. Longtemps, ce schéma a passé pour une forme de sincérité, d’honnêteté, et à la lumière de ce qu’on sait, de la vie privée de Woody Allen, qui a épousé comme on sait la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow, Soon-Yi Previn, de 35 ans sa cadette, tout cela prend un autre sens. « Et ce que je trouve le plus troublant, sur le plan éthique, à présent quant à l’œuvre de Monsieur Woody Allen, poursuit Scott, c’est la mesure dans laquelle moi-même et tant de mes collègues avons ignoré ou minimisé ses aspects les plus repoussants ». Ce critique défend en effet la thèse selon laquelle la réévaluation régulière des œuvres du passé à la lumière de ce que l’on a appris sur leur créateur, fait partie de la culture. Et il suggère non seulement de se détourner des œuvres des hommes reconnus coupables d’abus sexuels, mais d’effacer leurs noms et de nettoyer leurs œuvres. Même s’il déplore que, ce que je cite, « les films de Mister Allen fassent maintenant partie du registre artistique », ce qui est une autre façon de dire qu’ils ont informé la mémoire et l’expérience d’un très grand nombre de gens. C’est une position que d’autres intellectuels anglo-saxons n’hésitent pas à comparer à la passion épuratrice des pouvoirs totalitaires. Ainsi Christian Butler, sur le site libertarien Spiked écrit, je cite : « Il y a des pressions pour qu’on arrête de qualifier Allen de grand cinéaste. Non content de détruire son avenir cinématographique, ils veulent aussi éradiquer son passé. Avant les accusations proférées par Dylan Farrow, Allen était généralement considéré comme le plus grand auteur de comédies depuis Chaplin. Pourquoi ces accusations invalideraient-elle soudain le jugement qu’on portait sur ses films. Comment peut-on ruiner la carrière et la vie de quelqu’un sur la base de simples accusations ? » Et Butler se moque de ces comédiens qui, après avoir tourné pour Woody Allen, refusent à présent d’empocher leurs cachets. Cette parodie de repentance, écrit-il, complétée par l’achat d’une indulgence à la manière catholique, c’est purement et simplement du carriérisme. Voilà des gens qui ruinent la réputation d’une personne pour couvrir la leur.

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    • Domonkos Szenes
      Domonkos Szenes dit :

      Je découvre bien tardivement cette page en paticulier. En ce qui concerne les propositions de Calvino, je ne peux choisir et je souscris à toutes (avec une certaine tendresse pour les deux dernières, mais il ne s’agit pas de position hiérarchique). Je remarque au passage, Draak, que vous picorez simultanément dans Calvino et les pistaches…

      Pour ce qui s’ensuit, ce lourd, pesant, accablant débat sur la réévaluation des oeuvres du passé à la lumière du néo-féminisme je m’en tiendrai à deux remarques. Premièrement, je n’ai jamais autant apprécié Kant. Deuxièmement, je remarque qu’il y eut dans l’histoire (notre histoire, du moins, il faudra aussi voir du côté de la Chine ou de l’Islam) deux tentatives de même nature : il y a cent ans avec le léninisme-stalinisme-maoïsme, et il y a deux mille ans avec le chritianisme. L’avenir vient de se produire : Farenheit 451 c’est donc aujourd’hui !

      Je ne ferai pas de propositions d’auteurs, trop de noms me viennent à l’esprit. C’est un travail pharaonique que vous avez entrepris : quand on songe que les travaux portant ce qualificatif furent surtout accomplis par des esclaves, je vous souhaite d’en trouver des armées (sous la forme de lecteurs savants et passionnés).

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      • Domonkos Szenes
        Domonkos Szenes dit :

        Juste pour rire (il n’y a pas de raison que je n’apporte point ma contribution à la grande entreprise de moralisation en cours), si le Persée et Méduse de Cellini doit être détruit, je demande simultanément l’effacement des représentations de Judith décapitant Holopherne et brandissant sa tête coupée d’où le sang ne jaillit pas avec moins de force joyeuse, voire celles de Dalilah scalpant le malheureux Samson !

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      • DraaK fut là
        DraaK fut là dit :

        Recrutez, recrutez, et que des armées de dos ployés bâtissent un temple à la littérature. Scribes anonymes et consciencieux, ils se plaindront dans les marges du site.

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  2. Antoine
    Antoine dit :

    Bonsoir,

    une page sur Charles Péguy aurait tout à fait sa raison d’être. La difficulté à trouver une édition « praticable » de ses oeuvres mérite peut-être d’en discuter.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Bienvenue sur le site, Antoine.
      Je note d’ouvrir une page Charles Péguy ; un auteur que, pour le coup, je ne connais absolument pas, l’ayant très injustement et grossièrement classé dans la catégorie « auteurs cathos » sans même avoir lu une ligne de lui. Je lirai avec intérêt les interventions.

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  3. sisypheretraite
    sisypheretraite dit :

    Bonjour,
    Bravo et merci pour ce travail titanesque.
    J’aimerais faire quelques remarques et suggestions :
    concernant le 20ème siècle, vous pourriez convenir d’aller jusqu’en 1918 : d’une part la grande guerre me paraît une césure qui a sa cohérence, et d’autre part 100 années de décantation constituent un filtre significatif. Pour ma part j’aurais ajouté James Joyce (les gens de Dublin datent de 1914), qui avec Proust forme selon moi le duo loupé des Nobels.
    Pour la littérature chinoise, les grands romans « trésors nationaux », qui figurent presque tous dans la bibliothèque de La Pléiade, et pour la japonaise, j’ai un faible pour Soseki.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Bonjour Sisypheretraite,

      De rien ; il y a encore beaucoup de pages à ouvrir, et le travail titanesque, ce sont les intervenants qui vont le fournir.
      Beaucoup d’incontournables manquent pour le XXe, bien sûr ; je n’alimente qu’au fil des demandes. Joyce bien sûr…
      1918 ne peut être retenu comme ligne de front : cela exclurait Céline ! (Et Lovecraft, qui fait déjà réagir…)
      A propos de travail titanesque à fournir, j’en profite pour lancer un appel : Récemment Antoine est intervenu sur Charles Péguy, mais ses tentatives n’ont pas trouvé d’échos (je suis moi même bien incapable de l’aider sur le sujet ; je ne peux qu’offrir un lieu de discussion ; mais sa seconde et vaine tentative pour relancer le sujet m’a un peu peiné). Le site trouvera sa pleine richesse si l’on multiplie les interventions des sachants et amateurs. Propagerlefeu.fr doit déjà beaucoup aux intervenants que j’ai débauchés sans vergogne du site de Brumes et beaucoup à Neo-Birt7 (qui a lancé le site comme on pousse le vélo d’un enfant, avant les premiers coups de pédales ; c’est l’image qui me vient…)
      Si vous pouviez tous faire la publicité de ce site auprès des chercheurs, professeurs, gens de la Sorbonne, du CNRS ou que sais-je… ou du monde de l’édition.
      C’est un site qui restera celui d’un anonyme, d’un passionné, et qui n’a pas d’autre visée que le partage. Multiplier les interventions permettra de nous enrichir tous. Et de ne pas décevoir les bonnes volontés comme Antoine et tous les autres.
      Amitiés.

      Répondre
      • Antoine
        Antoine dit :

        Ne soyez pas peiné, je ne suis absolument pas un collaborateur déçu. Je vous suis attentivement. Je suis seulement en train de creuser mon sillon, et le silence vaut mieux que dire des bêtises. Je poursuis mes lectures modestement, peut-être aurez-vous un avis tout aussi modeste, dans le futur.

        Répondre
  4. Restif
    Restif dit :

    Mon cher Draak, vous pourriez reprendre (en demandant la permission) les interventions parues chez Brumes qui vont dans votre sens (notre sens si vous permettez). Ainsi de M. Moury sur Descartes. Ce que moi-même j’ai dit ailleurs de Kafka pourrait être sans mal être mis à ce nom (ou sur Sade il ya longtemps mais là c’est à moi d’aller chercher), ce n’est qu’un exemple plutôt bête pour le coup; Mais ce qui s’est dit chez Brumes peut réellement être employé. de
    Ps Parfois j’hésite à intervenir parce que mon édition ne peut-être ĥysiquement comparée avec celle de la Pléiade. Pour ce qu’en ai vu sur un seul tome, je trouve meilleure mon édition de Sade (parce que plus complète oh combien) mais ai-je le droit de la brandir alors que je connais très mal l’édition Pléiade? Même chose sur les Mémoires d’outre-tombe avec cette différence que j’ignore cette fois totalement l’édition Pléiade à part ce qu’en dit le site.

    Répondre
    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Ami Restif,
      Reprendre les commentaires chez Brumes était mon intention première. J’ai même, pour ce faire, enregistré le fil de discussion, depuis l’origine, dans un fichier texte, afin de pourvoir faire des recherches textuelles commodes (initialement pour pouvoir reprendre les commentaires pertinents avant que d’acheter une édition). Mais même ainsi, le volume est trop énorme et j’avoue que j’ai abandonné l’idée. Si celui qui a posté chez Brumes peut avoir l’amabilité de copier/coller ici…
      Enfin, n’hésitez jamais à conseiller une édition ou une ressource. Si quelqu’un veut compléter ou même vous contredire : tout le monde y gagnera.

      Répondre
  5. Ben
    Ben dit :

    Cher DraaK,

    Permettez-moi tout d’abord de vous renouveler mes remerciements pour la création et l’administration de ce site, et pour les brèves notices que vous écrivez pour chaque page.

    J’avoue considérer les pages de ce site plus comme une « liste des auteurs dont j’aimerais connaître les meilleures éditions » que comme une « liste des auteurs classiques », d’une part parce que cela évite des discussions qui peuvent parfois tourner en rond sur la légitimité d’un auteur à en faire partie (sans nier pour autant que certains arguments puissent donner lieu à d’intéressantes réflexions), et d’autre part car c’est là la plus-value de ce site (des listes de « classiques », il y en a beaucoup, plus ou moins étayées bien sûr, alors que des listes de meilleures éditions, je n’en connais pas d’autres, et c’est la raison première de l’existence de ce site, il me semble), et peut-être aussi parce que je suis un égoïste utilitariste ! C’est dans cette optique que je vous propose l’ouverture des pages suivantes.

    Platon: essentiellement parce qu’il y a eu des échanges récents sur le blog de Brumes à ce sujet, où on a pu voir le nombre d’éditions et la diversité de leur sérieux.

    Plutarque: parce que je m’apprête à lire cet auteur (« égoïste », vous dis-je !) de qui Montaigne a pu écrire « c’est mon homme » (après la Boétie, j’imagine !), et dont Machiavel demanda expressément qu’on lui envoyât les Vies alors qu’il se trouvait en mission diplomatique à l’étranger, dans le but de comprendre le caractère de ses interlocuteurs; et aussi parce que Neo fait planer le suspense en nous annonçant sur le blog de Brumes que trois nouvelles traductions dépoussièrent l’état de la question qui en était resté à Amyot.

    Romans grecs et latins: une page les regroupant semble avoir sa place ici, notamment pour aider à choisir entre les deux éditions portant ce nom (Pléiade et editio minor des Belles Lettres) et les éditions individuelles de ces romans.

    Lucien: cet auteur, qu’Erasme considérait comme l’un des deux auteurs qu’il fallait absolument lire (l’autre étant bien entendu Homère), a vu ses œuvres complètes sortir récemment aux Belles Lettres, editio minor.

    Voila, c’était ma liste de courses ! Merci de voir ce que vous pouvez en faire !

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Cher Ben,

      A moi de vous remercier pour votre excellente intervention sur le Quichotte. En plein dans l’esprit du site. Une recension de la Pléiade que je n’avais moi-même pas pensé à faire et qui pose question (Chinon ! Mais qui relis ? L’équipe de rédaction est-elle seule responsable du texte qu’elle livre ou des petites mains de Gallimard passent-elle derrière pour un dernier coup d’oeil ? Je m’étais déjà posé cette question avec le Comte de Monte-Cristo et son « excalier » (un mot que n’importe quel Word souligne en rouge, de même que WordPress en ce moment même)).

      Vous m’avez fait sourire : Les notices ne sont brèves qu’en proportion de mes connaissances nullissimes. Mais elles seront étoffées discrètement au fur et à mesure de mes lectures : Revenez dans 20 ans et admirez ! Le pauvre Corneille n’a pas encore sa page ouverte tant ma honte est grande de ne rien savoir en dire de pertinent. Sa biographie par Alain Niderst n’a pas encore été ouverte ; mais voyez-vous, je lis en ce moment parallèlement mes Sherlock Holmes, Lovecraft, Georges Forestier, Leconte de Lisle… Tandis qu’un gros pavé alléchant sur Euripide (conseillé par Neo-Birt7) me fait saigner le coeur de rester fermé depuis deux mois sur mes étagères.

      Quant à la « liste des classiques », j’espère ne pas avoir ici les discussions sans fin sur « qui doit en être » ou « qui a démérité » que l’on trouve sur le site de Brumes (mais qui y sont plus justifiées, puisqu’il s’agit pour des amateurs en bonne voie de déception de conserver l’aura d’une collection qui base son marketing sur le fait qu’elle serait prestigieuse). Par une habitude acquise chez Brumes, j’ai pris moult précautions, le 31 décembre 2017, en présentant ma liste de classiques, mais je ne pense pas avoir le problème ici : qui se ficherait que j’ajoute un nom de trop ou non ?

      Je vous rejoins sur un point important : il me semble que ce « site des meilleures éditions » manquait cruellement. Et en parlant d’égoïsme, donnons-nous la main (même si je suis pire que vous), car, sous des dehors altruistes (c’est là où je suis pire), je n’ai rien créé d’autre que le blog qui me manquait.
      Je vous rejoins donc dans les rayons, un sac cabas à la main. Mon regard erre dans les têtes de gondole, surpris de ne pas trouver spontanément le Nabokov que j’apprécie tant.

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  6. Restif
    Restif dit :

    Vous avez les Nabokov en Pléiade ? D’occasion, il sont rares. Il y en un sur il-Baille -que j’ai poussé jusqu’à 37.50 avant d’arrêter, car celui qui enchérie sur moi semble le vouloir VRAIMENT ! Je ne lirai donc pas (encore) la « Vraie vie de Sebastien Knight » ni » Le don ». Ce sera pour plus tard, à moins de ruine.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Je vous y prends, ami Restif. Qui de nous est l’indécrottable Pléiadiste ? J’ai lu Nabokov en poche et m’en suis trouvé fort aise. Pour être précis : L’Enchanteur, au seuil, collection Points et Une beauté russe en Presses pocket ; le reste en Folio.

      Je n’avais pas noté que les Pléiades Nabokov étaient rares. Je prends note.

      Pour le pléiadiste acharné que vous êtes, j’offre ce que j’ai noté à la fin de ma liste de lecture (je copie/colle tel quel) :

      Volumes Pléiade à acheter dès que l’occasion se présente

      – Agrippa d’Aubigné, oeuvres (de 48 à 70 €)
      – Nicolas Boileau (43 € au catalogue)
      – Conteurs français du XVIe (en ancien français : à voir… se trouve à 30 € ou moins)
      – Polybe, Histoire (difficile à moins de 100 €)
      – Poètes et romanciers du moyen âge (ancien français ; pas cher)
      * Romanciers du XVIIe (orthographe non modernisée ; pas cher)
      – Romanciers du XVIIIe I et II (romans connus mais peu de note ; 50 € environ)
      – Correspondance de Stendhal I, II, III (I à prix normal ; II peut monter à 100 €)
      – Dickens : Dombey et Fils – Temps Difficiles ;
      * Dickens : Le Magasin d’Antiquités – Barnabé Rudge ;
      *XXX? (à vérifier, je pense l’avoir) Dickens : Nicolas Nickleby – Livres de Noël ;
      – Dickens : La Petite Dorrit – Un Conte de deux villes.
      – Hugo, théâtre complet II (à nouveau dispo depuis peu)
      – Voltaire, Correspondance I à XIII << j'ai du xii au xiii - Théâtre du XVIIe (Tout cela établi d'après nos échanges sur le site de Brumes ou ses propres annotations.)

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  7. Restif
    Restif dit :

    J’ai les trois Stendhal, La petite Dorrit Nicolas Nickelby et aussi, dans les « rares » absent de votre liste, Blaise de Montluc et Leskov-Chetchetdrine. Ah, j ‘oubliais, il ne me manque plus que trois Voltaire pour avoir toute la Correspondance. J’attends d’avoir presque tout pour m’y lancer pendant les grandes vacances. Le neuf devrait bientôt m’arriver. Du 1 au 9 puis le 12. Le reste à compléter. 10 11, 13. J’ai déjà le 10 en visée à trente euros plus le port. Souhaitons-nous bonne chance!

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  8. Antoine
    Antoine dit :

    Bonsoir !

    Encore une fois, j’interviens un peu à contre-courant, mais c’est un excellent exercice de stimulation pour les esprits habitués à leur routine. S’il est d’un intérêt certain de connaître la meilleure édition d’un auteur, fort est de constater que tous les excellents auteurs n’ont pas forcément des centaines d’éditions possibles. Pour Péguy, au final, on a pu juste déplorer le manque d’édition sérieuse, puisqu’aucune n’a, pour le moment, repris toute l’ampleur de son oeuvre. Mais ce n’est pas ce que je veux dire ce soir.
    C’est tout bête, mais comment se fait-il que les textes dont justement toute la lecture, toute l’interprétation vient de leur édition ne figurent pas sur ce site. Je veux parler tout simplement des textes sacrés ! Cela paraît humainement difficilement possible de pratiquer plusieurs éditions de textes sacrés, mais il peut être judicieux de se poser la question de savoir ce qui fait une édition de qualité d’une Bible ou d’un Coran. Et je suis certain que cela peut mener à des conversations aussi animées que de savoir si un titre est suffisamment fidèlement traduit ou non.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Sur le peu d’éditions disponibles, il y a certainement déjà beaucoup à dire.
      Dans les évolutions que j’envisage pour propagerlefeu.fr, il y a beaucoup de matière :
      – au-delà des meilleures éditions, essayer de donner à discuter sur les références (biographies, études, etc.) et ressources disponibles. Le spectre s’élargit alors considérablement.
      – J’ai remarqué à ce sujet que les livres qui me viennent à l’esprit concernent souvent plusieurs auteurs. Un mouvement littéraire, par exemple, ou un genre (théâtre antique, poésie, littérature victorienne, etc.) J’aimerais donc proposer une troisième liste : après « les auteurs par siècles »et « les auteurs par ordre alphabétique », une liste par « genre ». Ce ne serait pas seulement une troisième manière de classer un même contenu, mais l’occasion d’articles et de références spécifiques à un genre donné.
      Jusqu’à présent, je n’ai pas vraiment tiré de propagerlefeu.fr une liste des meilleures éditions (je mets à part les remarques de Neo-Birt7 qui me serviront indéniablement quand je voudrais aborder un auteur antique). L’apport a été la stimulation intellectuelle que vous évoquiez : l’envie de lire des auteurs que l’on me conseille (Hérédia, les textes plus travaillés de Lovecraft…) ; le souci de lire un texte en pensant à ce que je pourrai partager avec tous les intervenants (La Méthode Sherlock… Oui, je sais, je contribue à mon niveau, hein) ; l’envie de partager un coup de coeur (Thackerey) ; d’approfondir un domaine (Homère). Bref, une « émulation globale » (mon Dieu, ce langage d’expert-comptable…)
      Sur les textes religieux, vous avez bien sûr raison. Primo, il s’agit de textes littéraires (je les conçois ainsi) ; secundo, ils ont influencé une grande part de la littérature. J’ouvre les pages prochainement. J’ai cru comprendre qu’il faudra que je réfléchisse bien avant de mettre n’importe quelle miniature pour illustrer le Coran.

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