Les classiques…

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C’est à vous.

1 réponse
  1. DraaK fut là
    DraaK fut là dit :

    Je souhaite attirer l’attention sur trois chroniques successives de Brice Couturier, sur France Culture, émission « Le tour du monde des idées » (du 13 au 15 février 2018 ; disponible en podcast et reprises textuellement ci-dessous).
    Dans l’écume moralisatrice des remous de l’affaire Weinstein, se pose la question du regard que l’on porte sur les oeuvres du passé. Ce sujet intéresse au plus haut point le site propagerlefeu.fr, évidemment. Qu’est-ce qu’un classique ? Quelle en est la part d’absolu et quelle en est la part sujette à la censure du regard moral d’une époque particulière ? Que faut-il connaître de l’homme pour comprendre et apprécier (ou rejeter) l’oeuvre ?

    Ci-dessous les trois chroniques. Bonne réflexion à vous !

    13/02/2018 – « Devons nous censurer les chefs-d’oeuvre du passé en raison de leur caractère sexiste ? »
    P : Présentateur
    BC : Brice Couturier

    P : Vous allez nous parler (…) d’une des incidences de l’affaire Weinstein. C’est que nous portons un regard nouveau sur certaines œuvres du passé illustrant les rapports entre les hommes et les femmes. Certaines sont devenues choquantes à nos yeux. Qu’en faire ? Voilà le thème de votre chronique ce matin.

    BC : Oui, en effet, l’affaire de ce producteur de cinéma américain qui a abusé son pouvoir pour agresser sexuellement des femmes provoque de nombreux débats dans le monde. Mais le monde de l’intellligentsia n’est pas épargné, figurez-vous. Même si on en parle moins ici, l’affaire Weinstein se double aux Etats-Unis d’une affaire Leon Wieseltier, philosophe et tout puissant rédacteur en chef littéraire de la revue The New Republic. Lui aussi a profité de sa position de magnat de la littérature et de l’édition pour abuser sexuellement de plusieurs femmes. A peu près personne ne trouve des excuses à ces prédateurs sexuels. La justice doit passer. Ces affaires provoquent une prise de conscience nécessaire. Mais la censure des œuvres du passé, lorsqu’elles contreviennent à l’idée que nous nous faisons aujourd’hui des relations entre les sexes, c’est une autre affaire. Pourtant, selon plusieurs commentateurs, elles sont liées.
    Ainsi, un jour, c’est un metteur en scène italien, Leo Muscato, qui réécrit la fin de Carmen de Bizet au motif qu’il est – je cite – « inconcevable qu’à notre époque de violences faites aux femmes, on applaudisse au meurtre de l’une d’entre elles ». L’autre jour, c’est un musée anglais, la Manchester Art Gallery, qui décide de retirer de la vue des visiteurs un des plus célèbres tableaux de l’époque victorienne, Hylas et les nymphes, une toile peinte par John William Waterhouse en 1896. Les femmes y sont représentées sous une « forme passive décorative », explique la conservatrice en chef pour expliquer son retrait. Chez nous, c’est l’universitaire Laure Murat qui, dans une tribune parue dans Libération il y a quelques temps, sans aller explicitement jusqu’à demander sa censure, dit la gêne que lui cause la projection d’un des plus célèbres films d’Antonioni, Blow-Up, qui date de 1966. Le photographe, qui en est le héros, abuse manifestement des deux jeunes mannequins qu’il photographie d’un peu trop près (l’une d’entre elles, d’ailleurs, était jouée par Jane Birkin, alors débutante et inconnue).
    Ainsi, ce qui était considéré comme des transgressions progressistes, il y a cinquante ans, est jugé aujourd’hui sexiste et réactionnaire.
    Mais cette passion de censurer les œuvres du passé au nom des critères moraux d’aujourd’hui est étonnante.
    Il était fatal, pourtant, qu’après avoir été formé, dans les universités, à « déconstruire les stéréotypes de genre », hérités du passé, les nouvelles générations bien-pensantes en viennent à corriger les oeuvres qui ne correspondent pas à nos canons éthiques contemporains, voire à les faire disparaître purement et simplement.
    A moins que l’époque ne se soit mise à haïr ce qui l’a précédée parce qu’elle est consciente de son impuissance à les égaler, à égaler les accomplissements du passé, comme le prétend par exemple Michel Houellebecq. Lorsque l’inspiration vient à manquer, l’idéologie tend à la remplacer. Comme l’écrit Ernst Jünger, « en art, la substitution de l’opinion à la substance est, pour l’absence de talent, une échappatoire habituelle. » Mais le plus étonnant est que cette époque, la nôtre, semble ignorer qu’elle sera elle-même jugée par nos descendants, selon des critères dont nous n’avons aucune idée aujourd’hui.

    Dans la revue britannique Prospect de ce mois, une jeune universitaire qui participe régulièrement à l’émission « Woman’s Hour » sur BBC 4, Shahidha Bari donne à réfléchir sur cette réévaluation de l’image des femmes dans les œuvres du passé. Elle le fait à partir d’une œuvre autrement plus scandaleuse que l’opéra Carmen, le tableau Hylas et les nymphes, ou le film Blow-up. Elle a choisi la terrible sculpture de Benvenuto Cellini, Persée tenant la tête de Méduse, exposée à la Galerie des Offices de Florence.
    Le fils de Zeus est figuré un pied posé sur sa victime nue, dont le sang jaillit du cou tranché, brandissant de la main droite son glaive et de l’autre la tête tranchée de sa victime. Comme elle le fait observer l’expression donnée par le sculpteur au visage de Persée reflète une totale et parfaite indifférence. Pour aggraver les choses, elle rappelle que Cellini lui-même était un être violent, impliqué dans des meurtres et condamné à plusieurs reprises pour des viols, tant sur des femmes que des garçons.
    Depuis la Renaissance, des générations de visiteurs de Florence se sont extasiés devant cette œuvre qui témoigne d’une extrême cruauté. « Alors que nous nous tourmentons sur la manière de juger les hommes terribles qui ont produit de magnifiques œuvres d’art, écrit Shahidha Bari, nous devrions nous souvenir que nos mémoires collectives ont toujours été sélectives et que nos jugements moraux sur elles ont connu des mutations. »
    Des générations de biographes et de critiques d’art ont vanté même l’extraordinaire vitalité de Benvenuto Cellini. On en a fait l’homme idéal de la Renaissance européenne, doué pour tout, rempli d’audace et de créativité. Méfions-nous, poursuit-elle, devant les tendances contemporaines à vouloir censurer les films de Woody Allen, parce qu’il a sans doute abusé sexuellement d’une enfant, de Roman Polanski, qui a abusé d’une très jeune fille dans les folles années soixante, ou d’Alfred Hitchcock, qui a persécuté Tippi Hedren, lors du tournage de son fameux film, Les oiseaux.

    14/02/2018 – « Harcèlement sexuel : peut-on distinguer nettement l’oeuvre son l’auteur. »

    P : Hier vous nous rappeliez combien nos sensibilités contemporaines nous amenaient à reconsidérer les œuvres d’art du passé ; ainsi la prise de conscience des violences faites aux femmes entraine une modification complète du regard qu’on peut porter sur une œuvre, telle que la sculpture de Benvenuto cellini, Persée exhibant la tête de Méduse.

    BC : Oui, c’est l’exemple qu’a choisi l’universitaire britannique Shahidha Bari pour entamer une réflexion sur le sujet pour le mensuel « Prospect ». Il nous est facile, poursuit-elle, de condamner Harvey Weinstein ou Leon Wieseltier. Le premier était un producteur de cinéma qui a utilisé son pouvoir de faire tourner des actrices pour leur extorquer des faveurs sexuelles ; le second, une puissance du monde intellectuel et éditorial américain qui a été licencié du magazine The New Republic sur la base d’accusations de harcèlement sexuel. Ils sont tombés l’un et l’autre grâce aux dénonciations convergentes rendues possibles par le #metoo movement, l’équivalent américain de notre #balancetonporc. Ils ont eu ce qu’ils méritaient depuis longtemps ; personne ne pleure sur leur sort. Mais comment traiter le cas autrement plus complexe de créateurs qui nous ont enchanté, comme Woody Allen, accusé par son ex-épouse d’avoir eu des relations sexuelles avec sa fille adoptive encore enfant ; ou Roman Polanski, condamné dans sa jeunesse pour viol sur mineure. « Comment concilier notre embarras moral avec notre jugement esthétique ? » écrit-elle. Et Shahidha Bari de se tourner alors vers Kant. Dans « La critique du jugement », le philosophe des Lumières écrit « La satisfaction, qui détermine le jugement de goût, est pur de tout intérêt. » Le jugement esthétique est donc marqué par le désintéressement. Par conséquent, commente Shahidha Bari, nous devrions comprendre une œuvre d’art purement dans ses propres termes, en suspendant nos préférences idéologiques et sans tenir compte, ni de ses implications morales, ni de la biographie de son créateur. Si Kant était en vie, résume-t-elle, il défendrait la thèse selon laquelle seule compte la création et pas les gens qui sont derrière, ni leurs faits et gestes. Une telle ligne de pensée a été poussée à son comble, on s’en souvient, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, avec l’école dite « de l’art pour l’art ». Poètes et peintres de cette époque exigeaient que leur travail ne serve aucun objectif didactique, ni religieux, ni moralisateur. L’art, disaient-ils, n’a pas pour objet l’édification des masses, le redressement des mœurs, ni la plus grande gloire de Dieu ; il n’est qu’au service de de sa propre cause.

    P : Et il est vrai, Brice, que certaines œuvres possèdent une telle cohérence interne qu’elles ne peuvent guère être jugées en termes moraux ou idéologiques…

    BC : Oui, oui et elles nous font découvrir des vérités d’un ordre tout autre. Pourtant, poursuit notre auteure, le retour du jugement moral peut, en un instant, dissiper le pur plaisir esthétique ; et c’est pourquoi le débat en cours est bien davantage qu’une tempête dans une tasse de thé à Hollywood. Que faire, par exemple, d’un philosophe dont le comportement contredit radicalement ses propres prescriptions ? De Jean-Jacques Rousseau qui consacre un épais volume, l’Emile, à l’éducation des enfants mais contraint sa maîtresse à abandonner les cinq bébés qu’il lui a faits à l’assistance publique ? Ou encore, d’un philosophe qui se met au service d’un parti totalitaire, comme Martin Heidegger en Allemagne ou Georg Lukacs ? Althusser a étranglé sa femme, mais il ne viendrait à l’idée de personne d’interdire la lecture de ses œuvres, pas plus que de retirer des programmes celles de Rousseau et d’Heidegger. La validité des thèses d’un philosophe n’est pas compromise par l’incapacité de leur créateur à les avoir respectées lui-même. Pourquoi ? Eh bien, parce que cette discipline tend à l’objectivité.

    Mais qu’en est-il en matière artistique ? Le poète irlandais William Butler Yeats a écrit « on connaît le danseur à sa danse ». Et notre Buffon national a dit de son côté : « le style, c’est l’homme. » Difficile en effet de séparer nettement l’auteur de ses œuvres.
    C’est tout particulièrement le cas des films de Woody Allen, selon Anthony Oliver Scott. Le critique de cinéma du New York Times a publié le 31 janvier un article extrêmement dur contre l’auteur de « Manhattan ». Pour lui, la vieille séparation entre l’art et l’artiste n’est pas un principe philosophique, mais je cite « une simple habitude culturelle adossée à un dogme universitaire défraîchi ». L’art ne se situe pas, dit-il, dans une zone mystérieuse de l’expérience humaine qui serait sans rapport avec la vie des artistes eux-mêmes, écrit-il. Surtout lorsqu’il s’agit du cinéma de Woody Allen, dont les films ne cachent pas ce qu’ils doivent à la personnalité de leur auteur. Une partie du plaisir que son public prend à les regarder tient précisément à ce qu’il y cherche des indices renvoyant à la vie de Woody, à ses goûts, à ses marottes. Et parmi celles-ci, sa passion des très jeunes filles.
    « Une des illusions les plus puissantes encouragées par l’art populaire, écrit-il, est que ses créateurs sont des gens que nous connaissons. » Non pas tant parce que leur vie s’étale dans la presse people, que parce qu’ils infusent, dans leurs productions, des éléments de leur propre vie ». Et encore une fois, c’est tout particulièrement le cas de Woody Allen – je cite – « le Narcisse névrosé de ma génération, sorte de pont entre la psychanalyse du XX° siècle et la culture contemporaine du selfie et des réseaux sociaux. » Dès lors, comment se désintéresser des fautes morales de sa vie privée ?

    15/02/2018 – « Après l’affaire Weinstein, une affaire Woody Allen »

    P : Alors on a parlé un petit peu depuis cette semaine de l’affaire Weinstein ; vous nous en avez parlé. Il y a cette affaire à Hollywood, mais il y a aussi, maintenant, une affaire Woody Allen, Brice ?

    BC : Et oui, après avoir tourné dans son dernier film, « Rainy day in New York », plusieurs acteurs dont Thimotée Chalamet et Rebecca Hall ont annoncé qu’ils reverseraient leur cachet à Times up. Cette association a été créée par des actrices, scénaristes, metteuses en scène, pour venir en aide aux femmes victimes de harcèlement sexuel. Le fameux Justin Timberlake a annoncé à son tour qu’il renonçait à son cachet. Il avait été pris à parti par Dylan Farrow, la fille adoptive de Mia Farrow, ancienne compagne de Woody Allen, qui accuse ce dernier d’avoir pratiqué sur elle lorsqu’elle avait 7 ans des attouchements sexuels. Dylan Farrow a en effet déclaré : « J’ai du mal à comprendre comment une voix aussi puissante et admirée que celle de Justin Timberlake puisse prétendre être du côté des femmes en soutenant #metoo et en même temps dire que travailler avec Woody Allen est un rêve qui se réalise ». Tous les acteurs et actrices qui ont tourné pour Woody Allen redoutent à présent d’être entrainés dans la descente aux enfers du cinéaste, hier chouchou d’Hollywood ; aujourd’hui pestiféré. Signalons que deux enquêtes judiciaires ont été conduites dans le passé sur cette affaire et qu’aucune n’a confirmé les faits dont Woody Allen lui-même est accusé et qu’il a toujours niés. Mais dans le contexte actuel, après les révélations concernant le comportement, avéré, lui, de Harvey Weinstein, il ne fait pas bon aux Etats-Unis, avoir une réputation de harceleur sexuel. La machine à ruiner les réputations et les carrières s’est emballée.

    P : Et alors, la question qui vous intéresse et nous intéresse aussi, Brice, c’est « Est-ce qu’il faut pour autant boycotter les films de Woody Allen ? »

    BC : Oui, répond sans hésitation le grand critique du New York Times Anthony Oliver Scott. Une part du travail d’un critique, écrit-il, est de porter des jugements, et aucun jugement ne peut se dispenser d’une dimension morale. A l’opposé du désintéressement Kantien, que nous évoquions hier, selon lequel le regard porté sur une œuvre d’art devrait faire abstraction de tout ce que nous pouvons savoir de son créateur, Scott prétend que tout le cinéma de Woody Allen est définitivement entaché de ce qu’on croit savoir de la vie privée du cinéaste. Et sa condamnation va loin. Jugez-en, il écrit : « Je peux déclarer que je ne verrai plus jamais aucun film de Woody Allen. Mais je ne peux pas faire en sorte de n’avoir vu aucun de ses films précédents. Or je les ai tous vus, et plus d’une fois. » Et il confesse : Woody Allen a été pour lui un mentor, un héros culturel, un modèle masculin. Et le critique du New York Times en parle en effet en excellent connaisseur, jugez-en : « Sa manière de faire des embardées déflationnistes, de l’élever à l’absurde, du très sérieux au totalement banal me frappe comme la définition même du comique ».

    P : Alors, qu’y a-t-il de si gênant dans la production cinématographique de Woody Allen ?

    BC : Eh, bien, toujours selon le même critique, important, Anthony Oliver Scott, dans tous ses films, le personnage joué par Woody Allen lui-même est très fréquemment décrit comme « entre deux femmes ». Il est alors en train de quitter une compagne acariâtre, mondaine et superficielle en manque d’affection pour une nouvelle conquête, sincère, sensuelle et généreuse ; et surtout nettement plus jeune. Longtemps, ce schéma a passé pour une forme de sincérité, d’honnêteté, et à la lumière de ce qu’on sait, de la vie privée de Woody Allen, qui a épousé comme on sait la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow, Soon-Yi Previn, de 35 ans sa cadette, tout cela prend un autre sens. « Et ce que je trouve le plus troublant, sur le plan éthique, à présent quant à l’œuvre de Monsieur Woody Allen, poursuit Scott, c’est la mesure dans laquelle moi-même et tant de mes collègues avons ignoré ou minimisé ses aspects les plus repoussants ». Ce critique défend en effet la thèse selon laquelle la réévaluation régulière des œuvres du passé à la lumière de ce que l’on a appris sur leur créateur, fait partie de la culture. Et il suggère non seulement de se détourner des œuvres des hommes reconnus coupables d’abus sexuels, mais d’effacer leurs noms et de nettoyer leurs œuvres. Même s’il déplore que, ce que je cite, « les films de Mister Allen fassent maintenant partie du registre artistique », ce qui est une autre façon de dire qu’ils ont informé la mémoire et l’expérience d’un très grand nombre de gens. C’est une position que d’autres intellectuels anglo-saxons n’hésitent pas à comparer à la passion épuratrice des pouvoirs totalitaires. Ainsi Christian Butler, sur le site libertarien Spiked écrit, je cite : « Il y a des pressions pour qu’on arrête de qualifier Allen de grand cinéaste. Non content de détruire son avenir cinématographique, ils veulent aussi éradiquer son passé. Avant les accusations proférées par Dylan Farrow, Allen était généralement considéré comme le plus grand auteur de comédies depuis Chaplin. Pourquoi ces accusations invalideraient-elle soudain le jugement qu’on portait sur ses films. Comment peut-on ruiner la carrière et la vie de quelqu’un sur la base de simples accusations ? » Et Butler se moque de ces comédiens qui, après avoir tourné pour Woody Allen, refusent à présent d’empocher leurs cachets. Cette parodie de repentance, écrit-il, complétée par l’achat d’une indulgence à la manière catholique, c’est purement et simplement du carriérisme. Voilà des gens qui ruinent la réputation d’une personne pour couvrir la leur.

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