Céline

Si le temps vous presse, que l’agonie est proche, et que vous devez choisir deux auteurs du XXeme siècle, il faut alors – dit-on – choisir Céline et Proust.

Céline, auteur du Voyage au bout de la nuit (en abrégé, on parle du « Voyage » ; les connaisseurs compléteront), est aussi l’objet de constants débats sur la légitimité d’un excellent auteur antisémite (du type : Faut-il séparer l’homme de l’écrivain ? Le génie doit-il excuser le reste ?) Le débat a été relancé par l’annonce par Gallimard, fin 2017, de la prochaine édition des pamphlets antisémites et pronazis : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres(1938) et Les Beaux Draps (1941, donc pendant l’Occupation). Céline, lui-même condamné pour collaboration à la Libération, a souhaité que ces pamphlets ne soient pas réédités, bien qu’ils n’aient fait l’objet d’aucunes mesures d’interdiction depuis la guerre. Le 11 janvier 2018, Gallimard a annoncé suspendre son projet de réédition.

Edition de référence :

Il est notable que Céline ait fait des pieds et des mains pour entrer dans la collection de la Pléiade « de son vivant » (de mémoire, l’ouvrage est paru après sa mort), menaçant à l’occasion Gaston Gallimard.

Admettons, donc, conformément aux souhaits de l’auteur que cette édition est la référence.

C’est un des rares auteurs pour lesquels, toutefois, je suis assez sensible à la simplicité d’une édition Folio poche.

Sachant qu’il n’y pas, à ma connaissance, de difficulté d’établissement des textes, je suppose que les discussions porteront ici plutôt sur l’auteur et les ressources à notre disposition pour le comprendre…

Info trouvée sur le site de Brumes (je ne cite pas le contributeur sans son accord) :

« Pour les pamphlets de Céline, il existe une excellente édition canadienne aux Éditions 8. Écrits polémiques, 2012. Texte intégral. Introduction, notes, variantes, synopsis, chronologie, concordance, glossaire, index. 1 038 pages. 35 illustrations dont celles des éditions originales. Édition établie par Régis Tettamanzi professeur de littérature française du XXe siècle à l’Université de Nantes »

Lecture(s) ou ressources recommandables 

  • Les pamphlets 

Reculade de Gallimard, qui annonce, en janvier 2018, suspendre son projet d’édition des pamphlets.

Deux liens intéressants sur le sujet :

– pour / contre les pamphlets (avant le projet de Gallimard. Merci Restif)   : – voir –

– Synthèse sur cette réédition avortée,  par France culture : – voir –

A vous de jouer maintenant !

Pour mémoire, l’édition citée est suivie de la mention [par défaut] qui apparaît s’il n’y a pas encore eu de discussion sur le sujet.

En commentaires, libre à vous de :

  • discuter des mérites et défauts des différentes éditions
  • de la place de l’auteur ou de l’oeuvre dans la culture de son temps
  • de l’importance de l’auteur ou de l’oeuvre pour un lecteur contemporain
  • de ce qu’il représente pour vous
  • des livres ou autres sources très recommandables pour comprendre l’auteur / l’oeuvre / son influence
3 réponses
  1. Lombard
    Lombard dit :

    Il faudra bien un jour chroniquer ici les ouvrages de Céline.

    Sur le Voyage au bout de la nuit, la littérature critique est si abondante qu’il suffira peut-être d’établir une liste des exégèses les plus pertinentes.

    Le cas de Mort à crédit est un peu différent : chef-d’œuvre aussi important sinon plus que le « Voyage », il souffre de la gloire de son prédécesseur et à ce titre mérite une critique étayée sur ce site qui répertorie les meilleures éditions des grands classiques, pour les mêmes raisons que Moll Flanders – toujours un peu dans l’ombre dans l’ombre de Robinson Crusoé -, nécessitait une mise en avant sur Propager le feu.

    Pour la suite, c’est une autre histoire. Les titres édités en Pléiade sont aussi importants sur le plan littéraire qu’historique. A contrario, les Pamphlets, dans la mesure où ils sont déjà accessibles aux historiens, Lucette Destouches a expliqué très justement pourquoi leur réédition serait aussi inutile que nuisible (voir sa déclaration sur le lien en référence ci-dessus).

    On a beau repousser la lecture de Céline jusqu’à un âge avancé, dès la première lecture il est difficile de ne pas le reconnaître pour l’un des deux ou trois plus grands écrivains français du XXe siècle. La lecture de la trilogie allemande (D’un château l’autre, Nord et Rigodon), est indispensable à qui aime la langue française et l’histoire contemporaine.

    Voyage au bout de la nuit qui se relit régulièrement ne cesse de surprendre au détour des mots et des expressions dont la variété, la richesse et l’originalité n’ont aucun équivalent dans notre littérature française du XXe siècle. Céline s’adresse aussi bien au lecteur vorace qui trouve sa jubile à engloutir de pleines pages qu’au lecteur méticuleux qui déguste en esthète les mots articulés avec tant de génie littéraire.

    Alors quid de la meilleure édition, quid de l’édition de référence de Céline ?
    Bien entendu, l’édition Pléiade en quatre volumes constitue une édition de référence pour découvrir l’auteur.
    Pour Voyage au bout de la nuit il faut néanmoins citer au moins deux autres éditions de référence :
    – celle éditée chez Futuropolis et Gallimard, illustrée par les superbes dessins de Jacques Tardi, le grand dessinateur reconnu pour ses œuvres autour de la Première Guerre mondiale.
    – le fac-simile du manuscrit original, édité aux éditions des Saints-Pères, principalement destiné aux afficionados, mais aussi aux chercheurs.

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    • DraaK fut là
      DraaK fut là dit :

      Je serais assez curieux d’avoir un recensement des ouvrages qui étudient spécifiquement le style de Céline, qui ne se résume sans doute pas à l’oralité et l’usage de l’argot (qui eux-mêmes ont bien dû avoir des précédents littéraires).
      Je me fais avocat du diable : pourquoi Céline est-il considéré (aux côtés de Proust) comme l’incontournable stylistique du XXe siècle ? Pourquoi lui plus qu’un autre ?

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  2. Lombard
    Lombard dit :

    Cher Draak,
    La réponse est très simple et tient en en 450 pages (50 pages de préface, 50 pages de chronologie, 250 pages de notice – hors notes et variantes – pour Voyage au bout de la nuit et 100 pages de notice – hors notes et variantes – pour Mort à crédit) dans notre édition de référence qui est bien l’édition Pléiade.
    Ces pages écrites par Henri Godard ne peuvent à elles-seules constituer l’ouvrage de réflexion définitif sur Céline, d’une part parce qu’il ne peut rien y avoir de définitif sur Céline, d’autres part parce que les ouvrages sur cet auteur sont très nombreux – le catalogue de la BNF référence près de 500 ouvrages à propos de Louis-Ferdinand Céline.
    Néanmoins, ce sont des pages essentielles, notamment l’imposante notice consacrée à Voyage au bout la nuit où il situe ce roman dans l’œuvre globale de l’auteur ; en gros, il explique que pour beaucoup il s’agit d’un aboutissement, alors qu’en réalité ce ne sont que des prémices à une œuvre dont Mort à crédit constitue le véritable tournant stylistique – et son véritable chef-d’œuvre aux yeux des amateurs éclairés. Henri Godard analyse la genèse d’un style ébauché avec Voyage au bout de la nuit, codifié avec Mort à crédit et Guignol’s band mais seulement totalement maîtrisé avec les œuvres d’après-guerre. Il cite à de nombreuses reprises des entretiens avec Céline où l’auteur jette des indices qui, recoupés, définissent assez bien ce qu’il a voulu faire. Il donne des exemples techniques de construction de phrases totalement inédits dans notre littérature. Il démontre combien limiter Céline à l’auteur qui, le premier, a transposé la langue parlée à l’écrit est limitatif. Il décortique un vocabulaire que l’on pense argotique alors que le champ lexical de l’auteur est non seulement immense amis encore truffé de néologismes extraordinaires de créativité et dont le sens peut paraître évident en première lecture (l’une des raisons pour lesquelles on se laisse emporter dans un tourbillon de lecture jusqu’à la dernière page de ses ouvrages).
    Tout ça est assez complexe mais passionnant. Bien qu’âgées d’un demi-siècle, les notices d’Henri Godard, si souvent citées et étudiées, restent aujourd’hui des références.
    Si vous en avez le courage, tentez celle de Voyage au bout de la nuit dans l’édition Pléiade : elle se lit avec délectation, si tant est que l’on aime l’œuvre de cet auteur controversé pour ses prises de positions mais que l’on est forcé d’admirer comme écrivain tant son fameux style est unique, créatif et semble-t-il inégalé par la suite.

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